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Culture et loisirs

« Monet, Renoir… Chagall. Voyages en Méditerranée », l’Atelier des lumières sans étincelles

Le centre d’art numérique, installé près du Père-Lachaise, revient dans une nouvelle création immersive sur l’attachement des peintres modernes à la Méditerranée. Un spectacle aussi monumental que superficiel.

Et à la fin, des applaudissements. Pour qui ? Des acteurs ? Des danseurs ? Des musiciens ? En réalité, les spectateurs comblés n’acclament personne. Face à eux dans la pénombre de l’Atelier des lumières, seulement des écrans austères et surdimensionnés. Le Hall de l’ancienne fonderie du Chemin-Vert compte 140 vidéo-projecteurs et un son spatialisé, conçu sur mesure. Cette prouesse technique permet d’accueillir des créations numériques immersives comme l’exposition de 500 œuvres d’art moderne qui, depuis le 28 janvier, emporte déjà un franc succès.

« Monet, Renoir… Chagall. Voyages en Méditerranée » est un spectacle qui surmène les sens du visiteur. L’étendue des murs, l’ancienne cheminée, une alcôve aménagée, au sol ou depuis un balcon surplombant la scène… Chacun — debout, assis, en mouvement — est invité à se perdre, tous azimuts, dans la contemplation des œuvres projetées sur les 1 500 mètres carré de la salle principale. Un charme envoûtant opère face aux paysages inspirés de Camille Pissarro et Claude Monet. Par un montage ingénieux, les différents nus verticaux de Bonnard sont rassemblés sur toute la hauteur des murs. Soudain, les personnages contorsionnistes de Matisse (« Danse II ») se mettent délicatement en mouvement. Une musique pittoresque, accordéons à la Amélie Poulain ou morceaux de jazz éculés, renforce l’impression d’un monde à part, presque féérique bien que légèrement suranné. Le projet de Culturespaces, en somme, semble avoir réussi. Le gestionnaire de l’espace voulait proposer une expérience ludique, qui fasse accéder à l’art un public jeune et familial qui n’y est pas habitué. 

Les collages des peintures sont parfois construits de telle sorte qu’ils semblent reconstituer, ensemble, un tableau inédit.

La superficialité de l’exposition, pourtant, dérange. Les reproductions, même en haute résolution, peinent à retranscrire ce qui constitue normalement l’essence même des peintures : la matière. Quoique monumentales et tirées de chefs d’œuvre, les images restent ici de pâles copies des originaux, dont le détail grossi trahit la forme initiale. Pensés pour former une installation calibrée de 40 minutes, les clichés se mélangent parfois si vite qu’il devient difficile de les distinguer. Qu’en retiendra le néophyte, celui qui ne va que rarement au musée ? S’il s’est laissé happer par la lumière et le son, sera-t-il parvenu à cerner suffisamment le travail des artistes, comme le voudrait un travail exigeant de vulgarisation ? Difficile à imaginer, tant sa passivité semble admise. L’amateur peut déambuler à son aise, mais doit se laisser guider par ce qui lui est présenté.  « Monet, Renoir… Chagall. Voyages en Méditerranée », comme les précédentes expositions de l’Atelier des lumières, ne repose sur aucune autre interaction que celle du visiteur aux reproductions visibles à l’écran. Pas de titre de tableau mentionné, pas d’explication du contexte ou de la trajectoire des peintres — à peine leur nom est-il parfois spécifié dans un coin, dilué dans les images de leurs œuvres entre deux fondus vieillots. Impossible d’accéder librement à l’information, de revenir sur ses pas. La nouvelle « création numérique immersive » ne se révèle qu’une masse visuelle confuse et imposée qui substitue, au sens d’une œuvre et à la curiosité qu’elle pourrait susciter, un sensationnalisme visuel immédiat. Une démonstration de force certes plaisante, mais pas moins frustrante.

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