Image default
Société

Loi de programmation de la recherche : les universitaires disent « non »

Le gouvernement ne présentera qu’au printemps la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. De nombreuses voix du milieu universitaire s’élèvent pourtant déjà contre les pistes de réforme inscrites dans les rapports. Sous la bannière « facs et labos en lutte », maîtres de conférences, doctorants et étudiants manifestent régulièrement contre le projet de loi, comme le 11 février devant l’hôtel de ville de Paris.  

Ils étaient plus d’une centaine. Maîtres de conférences, doctorants et étudiants protestaient pour dénoncer la « casse de l’université ». Au programme : prises de paroles, débat et manifestation « sauvage » (non déclarée). Au centre des critiques, la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) qui doit être présentée par le gouvernement au printemps pour une entrée en vigueur en 2021. Cette loi fixera les objectifs de la recherche pour les prochaines années (5ans maximum mais renouvelable). Elle a pour but de  « revaloriser les carrières des jeunes chercheurs et à augmenter le niveau de la recherche en France« , selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Elle prévoit notamment une augmentation de 8% du budget de la recherche sur 2 ans. Ce budget s’élève à 25,49 milliards d’euros en 2020, contre 37,6 milliards d’euros pour les armées (deuxième plus important derrière l’éducation nationale) à titre de comparaison.

Diriger la recherche

Derrière ces chiffres se cache une toute autre réalité, selon les universitaires qui protestent contre le réforme. Le financement par appel à projet risque d’orienter la recherche d’après Marie, 32 ans, maître de conférences à l’université de Marne-la-Vallée : « les dotations pour les laboratoires diminuent, on doit répondre à des appels à projets souvent hors de notre domaine de recherche initial ». Un chercheur spécialisé en physique thermique peut par exemple être amené à travailler sur la physique nucléaire. Les chercheurs craignent également une diminution des subventions publiques au profit de la recherche privée. Inquiétude exacerbée depuis l’entrée en vigueur de la loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) le 23 mai 2019. Elle permet notamment à un chercheur d’utiliser la moitié de son temps pour la recherche en entreprise, contre 20% avant cette loi.

Mêmes réserves chez les doctorants qui se verront attribuer des « chaires juniors », c’est-à-dire des contrats de 5/6 ans avant une éventuelle titularisation. Cette titularisation devra être validée par les maîtres de conférence déjà en activité. Jeanne, 27 ans explique que « ces contrats de « tenure track » (titularisation conditionnée) (Ndlr : également appelés « CDI de projet »)  sont calqués sur le modèle américain. Ils insinuent une pression des pairs et un certain conformisme dans les thèmes de recherche ». Un modèle américain bien connu de la doctorante qui a choisi de faire sa thèse en philosophie aux États-Unis pour « trouver un vrai financement et obtenir un délai de thèse décent ». Elle explique avoir fait le choix de l’étranger pour « éviter une situation précaire en France ».

Précarité à l’université 

L’accroissement de la précarité dans les universités françaises est dénoncé par les étudiants mais aussi les futurs chercheurs. D’après Marie, 62% des cours de l’université de Marne-la-Vallée sont assurés par des contractuels. L’explication vient, selon elle, du temps passé par les titulaires à effectuer des tâches administratives ou à rechercher des financements. Les enseignants-chercheurs ne peuvent plus assurer l’intégralité des cours. Ce sont donc les doctorants et les jeunes docteurs qui les assurent avec un statut de contractuel.

Mais que deviendront les jeunes chercheurs une fois le contrat arrivé à son terme ? « On a beau dire ce qu’on veut, il y a de moins en moins de titularisations » constate Jeanne. Le nombre de nouveaux postes pourvus dans l’enseignement supérieur est passé de près de 2500 en 2000 à 1800 en 2009 et 1200 en 2015.

Nombre des postes créés dans l’enseignement supérieur. Source : http://blog.educpros.fr/guillaume-miquelard-et-paul-francois/2015/11/10/evolution-des-effectifs-a-luniversite-personnels- et-etudiants/ via Ministère de l’enseignement supérieur.

Articles connexes

Le voyage du petit-fils du pharaon

Maël Jouan

Peut-on encore parler du musée du Fumeur ?

mansquer

A Villiers, le kiosque Lulu dans ma rue, bien plus qu’une conciergerie de quartier

Elodie Vilfrite