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Société

Rendre visibles les femmes invisibles

Blotties sous un pont, assises par terre dans les couloirs d’une station de métro, cachées dans un parking, les femmes sans-abri sont nombreuses. Moins visibles que les hommes, pourtant elle représentent 40% des sans domicile fixe. Elles se battent pour survivre. Des associations les aident à sortir de cette précarité et les rendent plus visibles. 

Affiche du film Les Invisibles, de Louis-Julien Petit.

« Dans le regard des gens, je sentais que j’étais une moins que rien. Et c’est ça qui fait le plus mal », déplore Lamia, ex-sans-abri. Le film de Louis-Julien Petit illustre cette réalité et raconte l’histoire de femmes sans logement qui se battent pour empêcher la fermeture d’un centre d’accueil. Un an après la sortie des Invisibles, la situation n’a pas tellement changé.

Besoin d’être écoutées

Les femmes sans-abri se cachent pour éviter la violence physique, verbale mais aussi sociétale. « Ce sont des femmes qui avaient un travail, un logement et suite à un événement, tel que des violences conjugales, ont tout perdu et se sont retrouvées à la rue. Ce sont aussi des femmes qui ont fui leur pays et se retrouvent seules, sans nulle part où aller », explique Justine Avenel-Roux, vice-présidente de l’association Le Filon qui prend en charge des femmes sans-abri.

Ces femmes, de tout âge, décident de se cacher pour survivre à la rue. Les centres d’accueil ou les hébergements citoyens sont aussi un moyen d’avoir de la présence, d’être avec quelqu’un et de ne pas être seules à errer sur le pavé parisien. Sophie a vécu dans la rue pendant vingt ans. Elle renchérit : « Parfois on a juste besoin de savoir qu’il y a quelqu’un qui prend le temps de nous écouter. » Sophie est désormais bénévole au secours catholique. Elle aussi, tente d’apporter son aide en distribuant des petits-déjeuners et en étant présente pour les gens qui, comme elle avant, sont dans le besoin.

Proposer un logement provisoire

La première étape pour sortir de la rue, c’est trouver un logement. C’est pourquoi l’association Merci pour l’invit propose des hébergements citoyens. Cette association met en lien des personnes qui ont une chambre disponible avec des femmes sans-abri. Ils organisent des rencontres et, si le courant passe bien, ces personnes accueillent une femme, seule ou avec ses enfants.

Lamia est restée 7 ans sans logement, et grâce à Merci pour l’invit, elle a un toit aujourd’hui. « J’ai réussi à m’en sortir. Je ne suis plus dans la rue. Le soir quand je rentre, j’ai une clé. C’est très important une clé. Ma clé je ne la perds pas. C’est essentiel d’avoir un hébergement le soir, de savoir où aller, ou se reposer. », raconte-t-elle, très émue. Grâce à ce type de structure, Lamia a retrouvé le goût de la vie. Avoir un toit lui permet de penser à autre chose, de se concentrer sur d’autres problèmes à résoudre.

Créer du lien social

Pour celles qui n’ont pas la chance d’avoir un toit comme Lamia, des centres d’accueil de jour réservés aux femmes ont ouvert leurs portes à Paris. Des bénévoles y prônent l’importance du lien social. Ainsi, le Filon propose un lieu pour se reposer, pour prendre de la distance avec leur quotidien.

Témoignage de Lucie, sans-abri. © Le Filon

Les femmes sans-abri peuvent y prendre une douche, laver leur linge mais aussi prendre soin d’elles, grâce à des soins du visage ou des ateliers manucure. « L’objectif c’est vraiment de permettre à ces femmes de reprendre confiance en elles, de se revaloriser », précise Justine Avenel-Roux. De nombreuses activités sont créées pour favoriser l’inclusion sociale. Par exemple, le journal La Gazette ou une émission radio permettent aux femmes de parler d’elles, de raconter ce qu’elles vivent ou simplement d’écrire sur un sujet qui leur tient à cœur, bref de s’exprimer. L’association organise aussi des cours de cuisine ou des séances de sport. Le tout pour créer du lien, et permettre d’aller de l’avant.

Séance de Yoga organisé au Filon. © Le filon

Un engrenage rapide

Sophie est restée 20 ans à la rue. Aujourd’hui, elle vit en résidence sociale. Elle raconte les hébergements d’accueil du 115 : « il y a des vols, et dans les foyers, il y a beaucoup de violence. Les gens préfèrent être dehors, c’est normal. » Kerill Theurillat, de l’association Merci pour l’invit, ajoute : « En plus d’être saturés, les hébergements d’accueil sont mixtes. Ils accueillent tout le monde sans condition, donc c’est bien d’un côté mais ce n’est pas forcément rassurant pour une femme ».

Les places en hébergement d’accueil sont également attribuées en fonction de la récurrence des appels. Plus une femme appelle, plus elle a de chance d’avoir une place. « Donc si tu te retrouves à la rue du jour au lendemain, c’est quasiment impossible d’avoir une place directement en centre d’hébergement », se lamente le responsable de l’association. Ainsi, un parcours d’errance s’entame, et l’engrenage se met doucement en route. Aux associations alors de faire leur possible pour accueillir ces femmes, les aider et leur proposer des solutions.

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