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Réaménager La Chapelle, le projet tant attendu par les habitants

En campagne pour sa réélection, Anne Hidalgo propose de végétaliser le quartier grisâtre de La Chapelle. Les promenades vertes se présentent comme solution face aux problèmes d’insécurité et de saleté. Sur place, les riverains espèrent des jours meilleurs, pourvu que la promesse de campagne se concrétise.

Porte de la Chapelle (XVIIIe arrondissement), l’ambiance du bar Le Celtic est semblable aux autres cafés de Paris. Jeux à gratter, tasses d’expressos et causeries de fin de journée s’enchaînent à une cadence folle. Ce café se présente comme l’ultime bastion des liens sociaux à La Chapelle. Au point de devenir une adresse chérie par Anne Hidalgo. Pour preuve, la maire a annoncé dans ce même café sa candidature aux municipales de 2020.

Sa première annonce : « réinventer » la porte de La Chapelle avant 2024. Un verbe fort, symbole du projet d’aider ce quartier en reconquête républicaine depuis 2018. Anne Hidalgo envisage de transformer ce bruyant carrefour routier en poumon vert du nord de Paris. Les images de synthèse fournies par son équipe de campagne présentent une allée de jardins et d’arbres à la place du nord de la rue de La Chapelle jusqu’à Saint-Denis. Un cadre plus agréable pour favoriser la marche et le vélo. Deux parvis boisés s’implantent de part et d’autre de la place de La Chapelle, pour remplacer les trottoirs goudronnés à perte de vue.

Dans le programme de la candidate socialiste, la porte de La Chapelle bénéficie de travaux d’envergure avant le reste de la capitale. La future salle pour les Jeux Olympiques 2024 – l’Arena II – au bord du carrefour principal, le récent campus Condorcet à douze minutes de métro de Porte de La Chapelle, le Grand Paris en ligne de mire…La Chapelle se prépare à devenir un centre sportif et étudiant en cette nouvelle décennie. Autant d’opportunités qui rendent nécessaires une transformation du quartier.

 

Sur place, les commerçants s’impatientent à l’idée d’accueillir étudiants, sportifs et touristes. Après les récents nettoyages des trottoirs entrepris par la municipalité, la restructuration du quartier arrive au bon moment pour les riverains. « Ca ne peut qu’être bénéfique pour l’image du quartier, de Paris. Même pour l’image du pays ! », s’enthousiasme Toufik. Un de ses clients réguliers l’approuve : « [La végétalisation] va rendre le quartier plus chic et changer sa fréquentation. Les drogués, les toxicomanes…on ne verrait jamais ça dans le XVIe ! »

Depuis quatre ans des journalistes viennent ici,  Les mêmes images reviennent en boucle !

« Rien que le nom. « Porte de La Chapelle ». Ca ne fait rêver personne ! », constate le barman Toufik, lucide. L’insécurité a eu raison de l’image du quartier. Le XVIIIe arrondissement connaît  les pires statistiques de Paris en termes de criminalité. De janvier à septembre 2019, la préfecture de police a recensé 4510 atteintes à l’intégrité physique. Un chiffre en hausse de 8% depuis 2018.

Au-delà des statistiques, les commerçants en font les frais. Naguib, le gérant du Celtic, déplore les difficultés de ces sept dernières années, « avec les migrants et la colline du crack ». L’atmosphère a plombé le chiffre d’affaires des commerçants et démoralise les riverains. « A force de voir les mendiants devant le bar, on avait peur de se faire agresser. On n’avait plus envie de venir ici », lâche un habitué des lieux, le regard évasif.

Les images anxiogènes des camps de migrants au nord de Paris, diffusées en boucle dans des médias nationaux, hantent les habitants. Évoquer l’image du quartier avec les riverains tend l’atmosphère en quelques secondes. « Depuis quatre ans des journalistes viennent ici, les mêmes images reviennent en boucle ! », s’irrite un gérant de bar, place de La Chapelle. 

Une annonce surprise, et ensuite ?

Un projet d’envergure, mais les habitants au courant du programme d’Anne Hidalgo sont rares. L’annonce a été peu relayée, aussi bien aux habitants qu’aux commerçants. Quelques acteurs locaux déplorent l’absence de concertation. La liste « Décidons Paris ! », soutenue par la France insoumise, se montre plus sceptique que les riverains. Le communiqué du groupe mené par Vikash Dhorasoo regrette qu’Anne Hidalgo ne s’occupe de La Chapelle qu’à l’aube des Jeux olympiques. La liste insoumise attendait un tout autre réaménagement et craint une végétalisation en trompe-l’oeil. Le risque de gentrification est pointé du doigt. Les loyers risquent de repartir à la hausse, et de dissuader les classes moyennes de s’installer à La Chapelle.

« Le futur s’annonce radieux. Mais on ne peut que douter de la capacité de réaliser ces projets « de campagne«  quand on compare la situation actuelle aux promesses de 2014 », doute Loïc Guézo, membre de l’association de riverains S.O.S La Chapelle. Le souvenir d’une végétalisation de La Chapelle dans le projet de rénovation de Chapelle International en témoigne. Annoncé en 2008, l’éco-quartier prévu pour remplacer l’ancienne gare n’est toujours pas sorti de terre.

 

Contactée, la mairie du XVIIIe n’a jamais répondu à nos sollicitations.

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