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Culture et loisirs Société

Faire revivre les vêtements grâce aux friperies

Entre les stations Pigalle et Barbès, les magasins de vêtements se succèdent et se ressemblent. À côté de leurs vitrines qui annoncent les soldes, se niche un tout autre style de boutique : les friperies. Un mot qui concilie deux réalités bien différentes et suppose toujours une chasse au trésor.

« J’ai entendu parler de Guerrisol de la rue Rochechouart, alors comme je devais aller à la gare du Nord, je suis rentrée dans la boutique », explique Esther, originaire d’Île-de-France. La boutique de vêtements de seconde main, lancée en 2002, continue de s’étendre. La marque SDV Guerrisol compte désormais trois magasins autour des stations Barbès et Anvers. Dans la grande boutique du boulevard de Rochechouart, une vingtaine de clients flânent. De temps en temps, ils ôtent d’un portant bien fourni une chemise bariolée ou un pantalon qui a attiré leur regard.

« Je n’achète qu’en fripes »

Olga, la quarantaine, est une habituée du magasin. « Tout ce que je porte vient de friperie, je n’achète que là-bas », confie-t-elle. Ce jour-là, elle repart de Guerrisol avec un pull bleu vif. Pas question pour elle de participer aux soldes qui ont lieu en ce moment dans les magasins environnants. « C’est que de la comm’ inutile. C’est du destockage lourd, ils devraient arrêter, ça les dévalorise », peste-t-elle.

A Guerrisol, les prix vont entre 1€ pour les petits articles à 50€ pour des vestes en fourrures. ©Célia Gueuti

Olga n’est pas la seule à se détourner des boutiques plus traditionnelles. Selon un sondage de l’Institut français de la mode, la consommation de produits textiles et d’habillement neufs en France a constamment diminué entre 2011 et 2017.  les boutiques de revente en ligne, notamment le site Vinted concurrence de plus en plus le prêt-à-porter classique. Avec son slogan « Si tu ne mets pas, vends-le », la boutique en ligne a décomplexé l’achat de vêtements usés. Pour Olga, cela fait partie du plaisir. « On trouve des vêtements qui ont une histoire, c’est ludique », s’amuse-t-elle.

« Je préfère venir en friperie, c’est plus excitant »

©Célia Gueuti

Si les prix cassés attirent les clients, ils reviennent pour l’expérience. « Je vais dans les magasins traditionnels en fin de soldes quand ce n’est pas cher mais je préfère venir ici. C’est plus excitant ! », raconte
Esther. Comme elle, Marie-Sol est une habituée des friperies.
« J’adore chercher dans un bac plein d’affaires », confie-t-elle. À 16 ans, la lycéenne se rend au moins une fois par semaine dans sa friperie préférée, Chinemachine, au 100 de la rue des Martyrs. Le but de sa quête ? Trouver une pièce originale. Dans la boutique de la butte Montmartre, exit les grands bacs fourre-tout et les longues allées de pantalons à 10 €. La friperie classe ses vêtements par matière et par couleur. La décoration vintage de la boutique semble justifier la hausse des prix, semblables à ceux des magasins traditionnels.

 

 

Des prix pas toujours concurrentiels 

Eliot travaillait avant dans le luxe. ©Célia Gueuti

Selon le sociologue Manuel Charpy, la fripe est avant tout un moyen de consolider une identité vestimentaire. Et cela, les vendeurs de fripes montmartrois l’ont bien compris. Se démarquer des autres friperies est essentiel pour Eliot, vendeur à Flash Vintage. Dans sa boutique de la rue d’Orsel, il refuse de désigner ses produits comme des fripes. « Cela fait négligé et sale. Au contraire, nos vêtements sont propres et rangés », explique-t-il. Plutôt que de fouiller dans un bac, le client est invité à s’asseoir sur un petit divan rose poudré, un thé chaud à la main.
Le vendeur et lui réfléchissent ensemble à trouver le vêtement coup de cœur. Les produits sont les mêmes qu’à Guerrisol quelques rues plus bas, mais le porte-monnaie des clients est différent
. « La chanteuse Clara Luciani et sa soeur font partie de ma clientèle », murmure Eliot, des étoiles dans les yeux.

 

Bouleverser une industrie polluante

L’esthétique des friperies de Montmartre est inspiré des années 70, 80 et 90. ©Célia Gueuti

Pour satisfaire ses clients, Eliot sélectionne lui-même des vêtements dans des entrepôts de recycleries en Belgique et aux Pays-Bas. « Ce sont des plaques tournantes du seconde main. Avec l’équipe, on y passe un week-end ou une semaine », explique-t-il. On est loin de la proximité chaleureuse de Montmartre, où les habitants approvisionnent leurs friperies de quartier. Comme le vêtement neuf, la friperie est un commerce mondialisé. L’entreprise Guerrisol fournit des boutiques dans 35 pays. Le business de la friperie possède  toutefois l’avantage de la conscience écologique, là où l’industrie textile est le deuxième secteur le plus polluant. La confection d’un seul jean industriel requiert 7 500 litres d’eau, d’après l’Organisation des nations unies (ONU). Et l’on achète un vêtement aussi vite qu’on le jette. En effet, selon la fondation Ellen MacArthur, un habit est aujourd’hui trois fois moins porté avant d’être jeté qu’il l’était, il y a 15 ans. « J’aime faire revivre un vêtement et savoir qu’il n’a pas été jeté », sourit Marie-Sol.

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