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A Philippe Auguste, la grève ne profite pas aux véhicules motorisés

Depuis le 5 décembre, le réseau RATP est fortement perturbé par la grève contre la réforme des retraites. Si la station de métro Philippe Auguste (XXe arrondissement) reprend partiellement du service, les riverains ont dû trouver des alternatives pendant la grève. Au grand dam des boutiques de scooters et des stations-services, ce n’est pas vers les véhicules motorisés qu’ils se sont tournés. La faute aux prix pratiqués. 

« C’est mort ! Le marché du scooter est mort ! » s’emporte Walid, le gérant de L’Atelier du Scoot 2.0, boulevard de Ménilmontant. « Les vélos ont tout pris. Avec les trottinettes, ils ont tout emporté », se lamente-t-il en prenant la circulation à témoin : « Sur la route, il n’y a plus qu’un scooter pour une dizaine de vélos. » En effet, sur le boulevard, rares sont les scooters qui circulent, même en cette période de grève. Depuis deux mois, le garage n’a vendu que quatre deux-roues motorisés. Beaucoup trop peu, sachant qu’il en vendait autant en un mois il y a plusieurs années. Si le garage survit encore, c’est grâce à l’entretien et à la réparation de véhicules qu’on lui confie. « C’est la crise. On ne peut rien y faire. Entre un vélo à 300 euros et un scooter à  3000 euros, les clients ont vite fait le compte. Avoir un scooter c’est beaucoup trop cher, et les usagers ont de l’argent à mettre ailleurs ! ». Pour Walid, si les Parisiens délaissent les véhicules motorisés, c’est surtout pour des raisons économiques. « Un vélo pour avancer n’a besoin que de jambes, pour un scooter il faut de l’essence, et les prix sont indécents » déplore-t-il.

« Ça devient très dur de s’en sortir quand on vend du carburant »

Près d’1,85 euro le litre de gazole et presque 2 euros le litre de Sans Plomb 98, ce sont les prix pratiqués par JJ Carburant, situé à quelques pas de L’Atelier du Scoot 2.0. Un seul employé est présent dans cette petite boutique d’une dizaine de mètres carrés qui semble désertée. « Ça devient très dur de s’en sortir quand on vend du carburant, peu importe qu’il y ait des grèves ou une pénurie de transport  », soupire l’employé. A peine cinq clients par heure affluent chez JJ Carburant pour faire le plein. Seuls les habitués poussent encore la porte de la boutique. Houssem, chevauchant sa bécane noire, est venu mettre 10 euros d’essence. « Je trouve ça vraiment cher. Si je n’avais pas été habitué à rouler en scooter toute ma vie, je crois que je n’en aurais jamais acheté. Si je roule avec, c’est juste pour mon plaisir », glisse le pilote en revissant son casque.

Prendre sa voiture oui, mais pas à tout prix

Même si son plein lui coûte 50 euros, Baptiste, qui habite le quartier, n’a pas d’autre choix que de prendre sa voiture pour se rendre au travail.  « Je travaille dans le 15e arrondissement de Paris, autant vous dire que prendre le bus ou le vélo c’était impossible. Et puis j’ai la chance d’avoir une voiture, tous les Parisiens ne peuvent pas en dire autant. » S’il n’avait pas de véhicule, Baptiste ne chercherait pas à s’en procurer un, faute d’argent. Pour des questions de budget, il espère rapidement pouvoir reprendre les lignes 2, 3 et 8 afin de rejoindre son bureau. Un raisonnement qui n’arrange pas les affaires de JJ Carburant. « Moi, je pensais que la grève allait ramener des clients, renchérit l’employé. Mais pas du tout ! Alors maintenant j’aimerais que ça s’arrête, pour pouvoir repartir tranquillement chez moi le soir. » Et pas en scooter, il n’en a pas les moyens.

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