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Société

Le Repair Café, une alternative à la surconsommation

Tous les mois, les habitants du XIIe arrondissement peuvent faire réparer leurs objets au Repair Café. Cet atelier participatif propose une alternative à la consommation effrénée, surtout en période de solde.

« Merci beaucoup pour ce que vous faites ! C’est des choses qu’il faut développer de plus en plus ! », s’exclame un homme en quittant le Repair Café du centre d’animation Reuilly, à proximité de la place de la Nation. Il repart avec l’imprimante qu’il était venu faire réparer, et même si elle ne fonctionne toujours pas, il a le sourire. Le Repair Café du XIIe est devenu un rendez-vous mensuel dans le quartier. « Ce qu’on ne comprend pas, souvent, c’est qu’à l’origine un Repair Café n’est pas lié à un lieu, c’est un évènement », explique Sabine, l’une des bénévoles de l’association.

Le concept est né en 2009 dans un café d’Amsterdam et s’est depuis largement développé jusqu’à devenir un réseau international. L’association Repair Café Paris définit ces événements comme des « ateliers de réparation collaboratifs ». Les visiteurs peuvent ramener toute sorte d’objets : vêtement, matériel informatique, ou électroménager, et les bénévoles font de leur mieux pour les réparer.

350.000 kilos de déchets en moins

Dans le Repair Café du XIIe, la réparation est gratuite, comme l’exige le règlement interne de l’association, et l’équipe est composée d’une quinzaine de bénévoles. A l’ouverture, il y a la queue à l’entrée du centre d’animation. Les personnes qui ont fait le déplacement ont des sacs avec un objet à réparer. Les trois bénévoles présentes à l’accueil s’occupent de la logistique : elles donnent un numéro aux personnes ayant fait le déplacement et les orientent vers un bénévole en fonction de la réparation à effectuer. Elles prennent aussi des notes sur les objets qu’on leur amène. A l’aide de ces informations, l’association établit des statistiques, et affirme avoir évité 350.000 kilos de déchets à travers le monde en 2018.

Les réparateurs utilisent des outils achetés par l’association Repair Paris et financés par le budget participatif. Beaucoup d’entre eux, « sentimentaux », préfèrent ramener les leurs. (Photo : Marjorie Charpentier)

Gaëlle a 30 ans, elle est venue avec Romain, 37 ans, ils ont amené une bouilloire. « Je connaissais le concept depuis longtemps et plutôt que de jeter, je me suis dit qu’il valait mieux essayer de la sauver. On est très sensibilisé sur l’écologie dans la famille », explique la jeune femme. Là encore, la bouilloire n’a pas pu être réparée, il faudrait changer une pièce. « L’électroménager est de plus en plus compliqué à réparer… », soupire l’une des bénévoles de l’accueil.

Entre 20 et 30 objets par soir

Lorsqu’ils ne réussissent pas à réparer un objet sur place, ils peuvent conseiller les visiteurs et leur expliquer ce qu’ils doivent acheter. Selon Sabine, une soirée de Repair Café, c’est 20 à 30 objets et elle estime un taux de réussite de la réparation « entre 50 et 60% ». Parmi les bénévoles, Laurent Catala, ingénieur ferroviaire à la retraite, est sensible aux problématiques environnementales : « Je suis de la génération qui a bousillé la terre, donc si on peut un peu se rattraper avant de la quitter… » Lui qui « réparait déjà tout à la maison », est bénévole depuis deux ans, il était venu d’abord par curiosité.

De l’écologie à la précarité

« On a deux types de personnes : ceux qui ont une démarche écologique et ceux qui sont dans la précarité », explique Laurent. Le Repair Café n’est pas juste un endroit où l’on vient pour réparer un objet, il a aussi vocation à créer du lien social dans le quartier autour de cette dynamique d’entraide. Dans la salle qui accueille l’événement, de grandes tables sont envahies d’objets et outils en tous genres : ordinateurs, soudeuses, marteaux, mixeurs, trottinettes… Dans une ambiance détendue, visiteurs et réparateurs discutent.

Beaucoup se connaissent. L’une des habituées, Coralie, vient souvent avec de la couture. Ce soir elle a amené un vieux poste radio. « Venir ici, ça a un côté très sympa », raconte-t-elle. Pour Laurent, la démarche ne se limite pas à la réparation. « Les personnes s’assoient en face de nous pendant la réparation, pour qu’il y ait une complicité. On essaie aussi de transmettre. » Selon lui, beaucoup de personnes manquent seulement de bases pour être capables de réparer elles-mêmes des objets. Lui essaie toujours d’expliquer ce qu’il fait. Une réparation au Repair Café c’est aussi une occasion d’apprendre.

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