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Quelle est la couleur du hasard ? Benjamin Genissel expose au Louxor

Dans le cadre des rencontres photographiques du Xe arrondissement le photographe et vidéaste Benjamin Genissel expose ses clichés au Louxor avec La couleur du hasard (part 3) jusqu’au 28 janvier. Photographie de rue, de ville, des banalités du quotidien : entretien avec le photographe.
Benjamin Genissel a choisi d’exposer ses photographies en mosaïque. Le salon se trouve au 2ème étage du cinéma.

Quand avez-vous commencé à faire de la photographie ?

Quand j’étais jeune, je ne savais pas ce que je voulais faire. J’étais passionné par le cinéma et je le suis toujours. Je voulais étudier ce que j’aimais sans forcément avoir de métier en tête ou gagner de l’argent. La photo est venue en même temps. Je la pratique aujourd’hui parce que c’est plus simple, plus solitaire : il faut juste avoir son appareil avec soi et voir ce qu’il se passe. Ma découverte de la photographie de rue, je n’arrive pas à la dater précisément. Un souvenir peut-être : mon petit frère a étudié l’Histoire de l’art et lisait le Photo Poche Actes Sud sur Cartier-Bresson. Je me souviens de l’avoir feuilleté et d’avoir été fasciné à ce moment-là.

Dans la série Correspondances québécoises, inspirée de Raymond Depardon, vous citez en inspiration René Bozon (1973) qui décrit sa photographie comme « capter sur le vif, sans fard (…) sans idéalisation, l’homme et son environnement. » Vous êtes toujours attaché à cette définition ?

Oui « sans fard », sans maquillage de la réalité. Ce n’est ni moche, ni beau mais mes photos ne donnent pas une vision âpre de la réalité. Même sans idéalisation, il y a quand même une part de réel amélioré : je lisse la réalité, j’essaie d’extraire des choses positives, c’est peut-être là que je m’éloigne de la citation. Je ne connais toujours pas René Bozon, j’étais tombé sur son exposition par hasard. Encore une fois, le hasard était là !

La couleur du hasard (part 3), photographie non légendée par Benjamin Genissel.

D’ailleurs d’où vient le titre de l’exposition La couleur du hasard ?

Le nom est inspiré de La musique du hasard de Paul Auster. Deux personnes se retrouvent dans une maison, ils jouent aux cartes, ils perdent leurs sous, doivent rembourser… C’est un livre mystérieux qui frôle le fantastique et donne à voir la théorie de Paul Auster sur le hasard, l’heureuse coïncidence, le contraire de « tout est écrit à l’avance ». Je déteste l’idée de destin et celle d’associer le hasard au destin. C’est d’ailleurs parfois le contraire : une chose arrive et on pense que c’est tellement étonnant que c’est écrit alors que ce peut être une coïncidence de faits sans lien entre eux.

Je déteste l’idée de destin et celle d’associer le hasard au destin.

Le concept de Sur la 2 vous a fait penser à l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle, mouvement artistique du XXème siècle) qui se contraint en thème ou en géographie pour mieux créer. Vous le faites aussi ?

Oui, j’aime bien cette idée, ça m’aide à canaliser, à trouver un cadre pour donner une forme. Sans contrainte, j’aurais l’impression d’être paumé. La réalité est très vaste, on peut partir dans beaucoup de directions. Je pense que cadrer, avoir un angle rend plus créatif. Le bordel immense qu’est la réalité peut inhiber et donc la contrainte peut, elle, désinhiber.

Le bordel immense qu’est la réalité peut inhiber et donc la contrainte peut, elle, désinhiber.

Vous-même possédez un univers géographique et urbain intéressant, la Normandie, vos divers voyages en Asie, à Dakar…

Oui, c’est vrai. Quand j’ai commencé à prendre des photos de façon sérieuse, il y a 14 ans, j’ai commencé à voyager aussi. Je pensais en termes de lieux, c’est ainsi que j’ai conçu mes premières expositions. Par exemple, toutes les photos au Japon ou à Calcutta, je les pensais en termes géographiques. Pour La couleur du hasard (part 3), la contrainte n’est pas la même. En 2008/2009, je me demandais ce que j’allais faire de toutes ces photos que je prenais dans mon quotidien. Je n’arrivais pas à trouver une forme définitive. Ce n’est plus en termes de lieux, si ce n’est la France, c’est en couleur, en format, en mosaïque que j’ai pensé. Maintenant, la contrainte est temporelle, je me fixe de continuer dans le temps. Quand j’ai fait la première partie, je ne savais pas qu’il y aurait d’autres… Forcément, comme je continue à faire des photos, il y aura une La couleur du hasard (part 4).

La couleur du hasard (part 3), photographie non légendée par Benjamin Genissel.

Même si on ne sait pas exactement où se situent vos photos, elles restent localisées dans les villes. Vous semblez porter un attachement particulier au « réel urbain » que vous évoquez dans de nombreuses séries.

Je viens de la campagne, j’ai grandi dans une ville de 4000 habitants en Normandie. C’est en voyageant que je me suis rendu compte que j’aimais les grandes villes. Le fait de venir vivre à Paris était un choix de ma part. La campagne, la nature ne m’inspiraient pas autant que la ville. Dans un espace urbain, je peux trouver des gens qui m’inspirent plus que les décors de la nature et les paysages vides. La ville fourmille de scènes à capter, ce sont les grandes villes que j’ai le plus explorées. Quand je fais des balades dans la nature (il se lève pour se diriger vers une photographie en particulier), comme celle-ci sur chemin peu emprunté, tout à coup, cet homme est apparu comme un ours de sa tanière. J’ai l’impression que le réel m’a fait un cadeau.

Dans un espace urbain, je peux trouver des gens qui m’inspirent plus que les décors de la nature et les paysages vides.

Une certaine poésie se dégage de vos photographies et revient dans vos séries – notamment un projet avec un ami poète Norman Warnberg – quel lien faites-vous entre les deux, entre la poésie et la photographie ?

J’adore la poésie, j’aime cette écriture spontanée, surtout celle de la Beat Generation. Jack Kerouac écrivait sans savoir où il allait. Ça partait dans toutes les directions, c’est ce que je trouve poétique. Faire de la photographie poétique, j’ai l’impression que c’est faire un pas de côté par rapport à la banalité du réel. J’essaie de capter dans ce que font les gens, par le décor, des moments effectivement poétiques. Quitter le quotidien pour saisir quelque chose qui prête à sourire, qui devient cocasse, saugrenu.

Et un nouveau projet en tête ?

Je m’éloigne un peu des villes pour aller sur les côtes normandes avec toujours ce principe de balade et d’observer les gens dans cet environnement avec la mer, les dunes…

Pour découvrir La couleur du hasard part 3, dites à l’accueil que vous venez pour l’exposition, l’équipe du Louxor vous guidera jusqu’au 2ème étage. 

 

Louxor, j’adore

Pas besoin d’aller sur les bords du Nil pour voyager et visiter Louxor. Il suffit de se
rendre au cœur de Barbès, au carrefour de la station de métro Rochechouart. Au mythique
Louxor, cinéma qui fêtera son centenaire en 2021, les façades d’Henri Zipcy ont paré le
lieu d’un vernis patrimonial. Ancienne boîte de nuit antillaise puis gay dans les années
90, le lieu a subi de nombreuses transformations avant de redevenir un cinéma ouvert au 
public depuis bientôt sept ans.

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