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Bouger les lignes

Le second souffle de la scène drag parisienne

Avec l’explosion de l’émission de télé-réalité « Rupaul Drag Race », la scène drag parisienne se renouvelle. Le concours « Drag me up », veut incarner ce changement. 

« Il y a a 60 drag queens qui ont poussé en un an ! » rapporte Emmanuel, organisateur d’un concours de « drag queens » dans le quartier du Marais, à Paris. Avec son équipe, ils se sont lancés il y a deux ans dans la production de « dragshows ». Selon lui, l’engouement pour l’univers des drags queens s’est emballé ces dernières années.

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Une « drag queen » est un homme habillé en femme qui incarne un personnage exubérant le temps d’un spectacle ou d’une soirée. Elles se produisent parfois sur scène où elles proposent différents divertissements : danse, chant, comédie ou encore imitation de star. Cet art est né dans la communauté LGBT+ (Lesbienne, Gay, Bisexuel, Transgenre et plus) au milieu du XXème siècle.

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Un vent de renouveau souffle sur la scène drag parisienne. Il amène « de nouvelles reines » sous les projecteurs pour le plus grand plaisir du public, lui aussi en pleine évolution. La scène drag et transformiste de Paris n’en est pourtant pas à ses premières paillettes et perruques. Elle s’est développée depuis plusieurs décennies dans des établissements historiques.

Ouvert en 1946 à Pigalle,  le plus ancien cabaret travesti parisien demeure « Madame Arthur ». Des générations d’artistes transformistes s’y sont succédés et s’y produisent toujours. 

 

Une transformiste de "madame Arthur" interprète "La nuit je mens" d'Alain Bashung
Actuellement, le cabaret propose le spectacle « Madame Arthur ose Bashung » en hommage au chanteur Alain Bashung. ©️ Nina DROFF

 

Chaque soir, les comédiens transformistes de « Madame Arthur » s’emparent de la scène du cabaret pour interpréter les plus grands tubes de Celine Dion à Queen en passant par Bashung, provoquant rires et émois. Mais depuis quelques années, cette scène historique voit s’inviter un public de plus en plus diversifié. Pressés autour de la petite scène du « French Test », les profils des spectateurs sont multiples : des quarantenaires habitués, des touristes ébahis, des trentenaires en couples, des jeunes entre amis… Tous semblent venir de différents milieux et communautés.

Les héritiers de « Rupaul Drag Race »

A l’origine de ce renouveau, le phénomène « Rupaul Drag Race » : une émission de télé-réalité animée par RuPaul, l’icône américaine des drag queens. Le principe est simple : chaque semaine, une dizaine de drag queens s’affrontent lors de différentes épreuves (danse, couture ou comédie) pour tenter de décrocher le titre de « nouvelle super star du drag ». Si l’émission existe depuis 2009, elle rencontre un réel succès à l’international  après sa diffusion en intégralité sur la plateforme Netflix. L’émission vient d’ailleurs de s’exporter au Royaume-Uni. En France, elle a permis de faire connaître l’art du drag à une nouvelle génération.

La nouvelle scène s’organise notamment, plus loin sur la ligne 2, dans les bureaux de la « Drag me up », rue Oberkampf. Il s’agit d’un concours de drag queens, fortement inspiré par l’émission de Rupaul. Chaque dimanche soir, trois « queens » s’affrontent sur la scène du bar « Who’s » lors de trois épreuves : lipsyncing (playback d’une chanson), « carte blanche » (comédie, chant, danse….) et un défilé dans leurs tenues les plus glamours comme des robes à paillettes bleues, un ensemble de cuir ou un anorak rouge. Pendant trois heures, les « queens » régalent le public avec leurs talents. A l’issue de la soirée, le public désigne une gagnante et une perdante qui sera remplacée la semaine suivante. A la fin de l’année, les « queens » avec le plus de victoires sont sélectionnées pour la « grande finale ».

 

Cookie, drag queen parisienne, présente le concours "Drag me up"
Cookie, une des étoile montante de la scène drag parisienne, présente le concours « Drag me up » ©️ Drag me up

 

L’arrivée de nouveaux talents

Les organisateurs du concours, Emmanuel, Thibaud et Anne-Sophie se sont passionnés pour le « drag », bien avant le « phénomène Rupaul ». « Pour moi, c’est un des art les plus complets qui existe», explique Anne Sophie, « Il faut s’y connaître en danse, en chant, en couture, en stylisme, en maquillage.»

 

Une candidate au concours "Drag me up", sur la scène du Who's.
Une candidate au concours « Drag me up », sur la scène du Who’s. ©️ Drag me up

 

Les trois trentenaires témoignent de ce nouvel attrait pour le milieu du drag. Le public ne se limite plus à la communauté LGBT+. « On voit de plus en plus de groupes de filles qui viennent voir les shows. » raconte Anne-Sophie. Chacun des organisateurs ignore si l’engouement va durer mais ils l’espèrent. Ils ne diraient d’ailleurs pas non à un « Rupaul Drag Race » à la française. Dans tous les cas, les candidates affluent de plus en plus nombreuses à leurs concours et sur les autres scènes drags.

Fury, candidate au concours, s’est mise au drag il y a un an. En pleine séance de maquillage, elle raconte qu’elle a découvert cet art grâce à un proche. Depuis, elle a décidé de se lancer dans l’aventure. Fury pense aussi que l’émission Rupaul est pour beaucoup dans le succès actuel du drag. « C’est une très bonne chose que cet art se diffuse et sorte de la communauté LGBT » se réjouît-elle. La candidate ne perd cependant pas de vue la symbolique de cet art. A ses yeux, « ce n’est pas juste des paillettes et du maquillage », mais avant tout un message d’acceptation à faire passer. 

Que le phénomène dure ou non, « la relève drag » est assurée à Paris.

Nina Droff

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