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Le TEP Ménilmontant, un lieu pour remettre du vert à Paris

Depuis mai, un collectif de riverains engagés occupe le Terrain d’Education Physique de Ménilmontant. Pour protester contre un projet immobilier, ils reverdissent les lieux et les transforment en point de rencontre pour le voisinage.

Samedi 30 novembre, plusieurs personnes bravent la météo automnale au TEP, « Terrain d’Education Physique ». Comme chaque week-end, le collectif « La Chaise en Action » ouvre au public les portes du 49 boulevard Ménilmontant. Au milieu de l’après-midi, une vingtaine de personnes s’y activent déjà. Ce samedi, les visiteurs délaissent les tables de pique-nique et le terrain de volleyball improvisé. L’heure est aux préparatifs pour la « Fête des Lumières » du TEP qui aura lieu dans deux semaines, le 14 décembre.

Une cabane en bois sur le TEP, construite par les membres du collectif la Chaise en action.
Les bénévoles du TEP viennent de finir la construction d’un nouvel abri sur leur terrain. © Quentin Meunier

Carlos se trouve parmi les bénévoles. Il est venu aider à replanter des arbres sur le terrain. Petites lunettes, cheveux grisonnants, blouson noir, il ne se considère pas comme un habitué. « J’habite à Joinville, donc je viens surtout ici quand je passe par Paris et que j’ai un peu de temps » explique-t-il. En riant, il désigne ses baskets en toile fine, puis les monticules de terre fraîche. « Si j’avais su qu’aujourd’hui on plantait des arbres… j’aurais pris des meilleures chaussures ! » . Pour expliquer son engouement pour le TEP, il dresse le tableau d’un ilôt de verdure au milieu du bitume : « la nature, la terre, on en a perdu l’habitude en ville ».

Une bataille pour le terrain commencée en 2016

C’est de ce combat qu’est né le projet du « TEP ». Le lieu existe depuis les années 1940 en tant que terrain sportif. En 2011, la ville de Paris et Paris-Habitat (le principal bailleur social de la capitale) ont un nouveau projet pour cet espace : un immeuble de 85 logements sur neuf étages, ainsi qu’une déchetterie.

En 2016, les travaux débutent. Les installations de sport puis les jardins associatifs voisins sont détruits. Très vite, les riverains émettent des doutes sur le projet. Des affiches fleurissent sur les grilles qui entourent le TEP. En avril 2019, de riverains et des militants se mobilisent pour bloquer des travaux. « On est carrément venu sur le terrain pour bloquer les engins de chantier » raconte Ginger, l’une des plus anciennes militantes. Le 5 mai, les habitants et les associations investissent les lieux. Le 29 mai, François Vauglin, le maire socialiste du XIe arrondissement de Paris annonce la suspension du projet.

Depuis, ni Ginger ni les autres militants et militantes n’ont reçu d’information définitive des autorités. Mais beaucoup estiment que le projet est en pause, au moins jusqu’aux municipales.

Terre d’Ecologie Populaire

Photo en taille de Ginger, l'une des plus anciennes militantes du TEP.
Ginger est l’une des plus anciennes militantes du TEP. © Quentin Meunier

En six mois, le lieu a amorcé une lente transformation. D’une friche en chantier ont émergé un nouveau potager, des terrains de sport, des espaces verts, plusieurs tables en marbre, et même une cabane en bois, tout juste érigée. Mais une des principales attractions reste le poulailler où vivent Evy et Jean-Dou, mascottes du TEP ; ainsi que le compost. « On va de voir installer des seaux plus grands, parfois ça déborde », explique Mathieu. « Les gens font encore quelques erreurs, détaille-t-il en repêchant un sac plastique du compost. Mais le dispositif intéresse les gens ».

Le TEP a pour vocation de multiplier les projets autour de la nature. A l’entrée, l’acronyme est décliné en « Terre d’écologie populaire » sur un panneau métallique vert. « On travaille avec des ingénieurs paysagistes pour notre espace vert par exemple, pour savoir quel arbre est mieux à côté de quel autre » raconte Aurélie, une autre bénévole présente aujourd’hui.

Entre tiers-lieu et point de rencontre

Alors qu’une équipe continue de planter des arbustes, une dame avec un cabas cherche Pierre, l’un des membres de la Chaise en action. « Je n’habite pas loin, j’ai un marronnier chez moi et je me suis dit que ce serait bien de le planter ici » détaille-t-elle. Son fort ancrage local est l’une des particularités du TEP. De nombreux riverains profitent des portes ouvertes « de 14h à la tombée de la nuit » pour venir se promener en famille, jouer avec leurs enfants, saluer les poules, et rencontrer leurs voisins.

Une banderole "Non à la décehtterie, sauvons notre stade" accrochée à proximité du TEP.
Une majorité des riverains soutient l’occupation du TEP par les militants et se sont opposés au projet de Paris-Habitat. © Quentin Meunier

Comme l’explique Ginger : « Certains viennent parce que c’est ouvert, en profitent pour donner un coup de main. Parfois ils reviennent une fois ou deux, parfois non ; ou alors ils amènent quelqu’un de nouveau, ça tourne beaucoup ». Aurélie complète, « C’est un peu moins festif que des lieux comme les Grands Voisins mais c’est ce qui en fait la particularité aussi ».

En fin d’après-midi, l’air du TEP commence à se rafraîchir. Une partie des visiteurs est repartie. Mais ceux qui s’attardent sont invités à participer à une réunion exceptionnelle du collectif. Après plusieurs mois d’activité, les équipes du TEP cherchent à se réorganiser et à définir de nouveaux buts. Objectif à terme : que le terrain reste ouvert en permanence.

QM

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