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L’art les yeux fermés

Au musée de la Vie romantique, l’exposition Regards Tactiles rend l’art visuel accessible à tous. Les personnes malvoyantes et aveugles peuvent, jusqu’au 15 décembre, profiter d’œuvres par le biais du toucher. Grâce à des moulages de sculptures et de tableaux célèbres, les personnes atteintes de cécité ont l’occasion d’appréhender la figuration d’une toute autre manière.

 

L’exposition Regards Tactiles permet notamment de redécouvrir ce Bodhisattva Avalokitesvara, bronze laqué Ming exposé au musée Cernucci. Crédits : Léo Da Veiga

 

Le 3 décembre se déroulait la journée internationale des personnes handicapées. Le musée de la Vie romantique a décidé, pour l’occasion, d’ouvrir une exposition qui permettrait aux non-voyants d’accéder aux arts visuels. À cinq minutes à pied du métro Pigalle, le musée accueille l’exposition Regards Tactiles, à l’initiative de Paris Musées et de l’association Valentin Haüy. Depuis 130 ans cette association œuvre en faveur de l’autonomie des personnes aveugles. Grâce à des moulures en trois dimensions, ces dernières peuvent découvrir tableaux et sculptures provenant de quatorze musées parisiens.

Pour appréhender les formes ou les perspectives complexes des peintures, les visiteurs sont accompagnés par des médiateurs formés ad hoc par l’association Valentin Haüy. « Ça n’a pas de sens de parler à une personne aveugle de naissance de premier ou second plan. Je dois expliquer que certains éléments sont plus petits car ils sont représentés au loin et qu’on les voit donc plus petits. Je dois expliquer la perspective, ça n’est pas évident », explique la médiatrice Siloé Hermile. C’est l’une des raisons qui expliquent le temps passé devant une seule œuvre : il faut près d’une demi-heure par œuvre sur les 23 que compte l’exposition.

 

D’autre part, certaines formes méconnaissables au toucher, à l’instar du drapé d’une sainte ou d’une foule paniquée en arrière-plan, doivent être décrites par le médiateur. Les œuvres, proposées par les musées parisiens comme représentatives de leurs collections, ont dû être validées par l’architecte de l’exposition. Un critère essentiel : « l’intérêt tactile » des œuvres modélisées, poursuit Siloé Hermile.

 

Siloé Hermile, médiatrice de l’exposition, montre comment apprécier une œuvre par le toucher. Crédits : Léo Da Veiga

 

 Le numérique au service de l’art et du handicap

Rémy Closset est l’architecte de Regards Tactiles. Malvoyant, il est administrateur de l’association Valentin Haüy pour laquelle il s’est spécialisé dans la réalisation d’œuvres adaptées aux gens souffrant de déficience visuelle. C’est lui qui a réalisé numériquement les modèles de l’exposition. Pour transposer un tableau en trois dimensions, il copie l’œuvre en très haute définition sur son ordinateur. À l’aide d’un logiciel, il en récrée ensuite les profondeurs dans les moindres détails.

C’est un travail de longue haleine. Chaque modélisation demande près de six jours de travail. Toutefois, certaines œuvres sont plus faciles à modéliser : les sculptures par exemple. Il est nécessaire de les recréer car la plupart sont trop grandes et doivent être réduites pour être découvertes avec les mains. Elles sont pour cela directement scannées et automatiquement recréées dans le logiciel. Les moulages qui seront exposés sont réalisés en résine par une imprimante 3D et par fraisage numérique depuis le logiciel de modélisation. En raison du coût des imprimantes 3D, le fraisage numérique a été privilégié autant que possible. Cette technique consiste à creuser un bloc de résine à partir d’un outil numérique. Elle permet de créer des aspérités sur un tableau, pour suggérer un changement de couleur par exemple.

L’exposition n’est pas réservée aux seuls non-voyants. Tous les visiteurs sont les bienvenus. Il est possible de redécouvrir ces 23 œuvres d’art d’une manière innovante et accessible. Et si vous avez toujours été tentés de céder à vos pulsions, c’est une occasion en or de toucher les tableaux !

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