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Culture et loisirs Société

Peut-on encore parler du musée du Fumeur ?

À quelques 800 mètres de la station Père Lachaise se trouve le musée du Fumeur. Les visiteurs y sont invités à explorer les liens historiques entre les hommes et la fumée côté musée. Mais surtout à « découvrir tout l’art de la vape » côté boutique.

Sur le trottoir du 7, rue Pache, une devanture rouge et une enseigne à l’ancienne annoncent « Le musée du Fumeur ». À travers la vitrine, des néons criards jettent une lumière froide sur un assortiment d’instruments hétéroclites. Ici, des briquets multicolores s’étalent sur plusieurs rangées d’une étagère. Là, des pipes à eau en verre, de toutes les formes et toutes les couleurs. Un client se penche sur le rayon vaporisateur. « Ceux-ci sont dans le top 10 des consommateurs », l’informe le vendeur. Manteau à carreau, barbe soignée, il se laisse tenter. « Bonne vape ! » lui lance l’employé lorsqu’il quitte les lieux.

 le musée du Fumeur possède des pipes en verre fabriquées par des artisans des quatre coins du monde
Sur son site internet, le musée du Fumeur se vante de posséder des pipes en verre « fabriquées par des artisans des quatre coins du monde » Crédits : Quentin Meunier

Avant le musée, une librairie

Pour rentrer dans le musée à proprement dit, il faut passer une porte, située derrière la caisse – et payer deux euros. À l’intérieur, une première salle déroule l’histoire du tabac sur plusieurs siècles. « Du rouleau de feuille au clope », indique l’une des affiches scotchées sur les étagères vitrées. À côté s’entassent pêle-mêle une ancienne publicité pour cigare, des vieux paquets de cigarettes et de pipes ornées de visages sculptés.

Le musée du Fumeur a d’abord été une librairie, fondée par Tigrane Hadengue et Michka Seeliger-Chatelain en 2001. À l’époque, ils souhaitent y accueillir les productions de leur toute récente maison d’édition, Mama éditions. Ils désirent aussi y regrouper des ouvrages « sur l’art du tabac et la prévention du tabagisme », explique Tigrane Hadengue. Le but est alors de « rendre compte de la richesse culturelle, textuelle et iconographique sur le tabac qui précède la cigarette. » Quelques mois après l’ouverture, la librairie est enrichie d’une collection permanente. Le musée du fumeur ouvre. La presse, de Télérama au Wall Street journal l’encense pendant plusieurs années.

2012 : rachat par un grossiste en vaporisateur

Dix ans après l’ouverture, Mama éditions lâche le musée du Fumeur. « Nous avions besoin de recentrer notre activité vers l’édition », justifie Tigrane Hadengue. Le musée est vendu à Maxence Thiollier et Raphaël Freund en 2012. Pour ce dernier, cet achat « faisait sens dans notre développement économique ». À la tête de l’entreprise Euvapors depuis 2011, il résume son activité sous la formule de « grossiste en vaporisateurs pour plantes sèches ». Le chef d’entreprise affirme avoir racheté le musée du fumeur « pour montrer la relation entre les individus et les plantes fumées, dans un but éducatif ». Mais il reconnaît le rôle de la boutique dans son choix. D’après lui, « le musée n’est pas rentable en tant que tel, c’est la boutique qui le fait vivre ».

En entrant dans le musée, les visiteurs peuvent voir une abondance de produits hétéroclites.
En entrant dans la pièce, les visiteurs sont surpris par une abondance de produits hétéroclites. Crédits photos : Quentin Meunier

Les visiteurs du musée achèvent leur parcours dans une pièce qui semble à l’abandon. De grandes feuilles accueillent ce qui ressemble à des motifs amérindiens. La peinture sur les murs craquelle. Dans un coin, une vitrine montre les différents stades de fabrication d’une pipe. À côté, un socle pourrait recevoir seize cigarettes électroniques. Il n’en contient plus que cinq. L’écho de la boutique parvient encore à se frayer un chemin. Un homme y demande du papier à rouler 1/25ème. De son côté, Raphaël Freund annonce qu’une exposition sur le CBD aura lieu dans cet espace « dans les prochains mois ».

Dans la boutique du musée du Fumeur, les clients se pressent entre les plateaux sur lesquels Bugs Bunny fume et les vaporisateurs dernier cri. Il est 19h, le commerce est plein, le musée, vide.

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