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Action Barbès, quand le budget participatif devient un moyen de peser

Depuis 2014, Paris permet à ses habitants de disposer de 5% du budget d’investissement de la ville via le budget participatif. L’association de riverains Action Barbès fait partie de ceux qui s’approprient ce moyen pour peser sur les décisions de leur quartier.

« On a les résultats des budgets participatifs, notre projet pour l’église saint Bernard a été validé » s’exclame Jean-Raphaël Bourge, le président d’Action Barbès. Installés dans les fauteuils molletonnés du cinéma le Louxor, la trentaine de bénévoles présente pour l’assemblée générale de l’association applaudit, toute aussi étonnée.

L’église St Bernard est le seul monument historique du quartier de la Goutte d’Or. © Célia Gueuti

Le projet de l’illumination de cette église historique du XVIIIème arrondissement, c’est leur troisième projet sélectionné. Pour le groupe de riverains, qui fonctionne sans budget, à part pour « les frais de bouche et tenir le blog » comme le précise Jean-Raphaël Bourge, c’est une aubaine. Sur leur page internet, l’association énonce clairement refuser « par principe toute subvention, de quelque nature qu’elle soit, cela afin de garantir notre liberté et notre indépendance. »

Action proposition

Lancé en 2014, le budget participatif permet aux habitants de Paris de soumettre des projets d’investissement au vote de leurs concitoyens. Ils sont ensuite réalisés grâce à une enveloppe dédiée qui représente 5% de l’investissement de la ville. Ainsi en 2019, 194 projets ont été sélectionnés et ajouté au budget 2020 de Paris. N’importe quel habitant ou association peut soumettre ses idées. Mais le site de la commune précise quand même que « de la phase d’étude à la réalisation du projet, c’est la mairie de Paris qui assure le rôle de chef d’orchestre. À ce stade, votre proposition devient un projet porté par la Ville. »

Action Barbès a ainsi déposé 4 projets. L’association est habituée à proposer des solutions pour améliorer leur vie de quartier. Elle et son président sont à l’aise avec des sujets de politique publique. Mais voir le projet de mise en valeur de l’église saint Bernard sur la liste des projets lauréats a été une surprise. « Pour nous c’était mort de chez mort, confie Jean-Raphaël Bourge avec un sourire, C’est tombé au bon moment. » En effet un échafaudage de consolidation de la flèche avait été installé quelques semaines avant la décision du budget participatif.

Des élus libres

C’est 1 300 000 € qui seront alloués à ce projet de rénovation. Le président d’Action Barbès parait réjouis de cet investissement pour ce « bâtiment très respecté dans le quartier ». Cependant, il déplore que la rénovation représente un part si importante des dépenses de la mairie. En effet, elle représente un quart du budget participatif du XVIIIème arrondissement. Et ce alors qu’elle a été la moins plébiscitée des projets lauréats de cette année. Le projet le plus populaire : la plantation d’arbres rue de Suez et rue de Championnet a reçu 3 573 votes pendant la campagne.

Cette allocation est possible grâce à la grande liberté que gardent les mairies sur la gestion du budget participatif dans leurs arrondissements. Les règles sont faites en fonction des élus. « C’est très inégal, explique Jean-Raphaël Bourge, dans le IXème il n’y a que 6 projets soumis au vote. Et ils mettent l’enveloppe au minima. » La mairie de l’arrondissement a même créé une initiative concurrente au budget participatif « Le Neuf a une idée ». Peut-être parce que la maire de l’arrondissement, Delphine Bürki (LREM) n’est pas du même bord politique qu’Anne Hidalgo (PS).

Au jeu de la politique

Pour action Barbès, ces tensions entre les différentes mairies sont un moyen de voir leurs projets se réaliser. Depuis 2017, l’association guette le début des travaux sur un de leurs projets lauréats au budget participatif du XVIIIème arrondissement. Cela fait maintenant 2 ans que la rue Richomme attend les ouvriers sensés la fermer aux voitures et la dégoudronner. En l’absence de réponse de la mairie de l’arrondissement, l’association s’est tournée vers l’hôtel de ville. Et avec raison. « Ils ont mis un câble pour bloquer les voitures il y a quelques jours » annonce le président d’Action Barbès le 23 octobre.

Dans la salle du Louxor, les membres de l’association Action Barbès semblent anxieux de cette liberté dont disposent les élus sur les projets lauréats. Les municipales s’approchent à grands pas et de la fébrilité se dégage dans la salle. Une membre, la cinquantaine, demande si les budgets sont susceptibles d’être changés au gré des majorités. Jean Raphaël Bourge se veut rassurant : « Ce sont des enveloppes qui sont données, même si ce n’est pas totalement un budget, elles doivent être dépensés dans le bon thème. »

A l’instar d’Action Barbès, de nombreux parisiens prennent en main les décisions de leurs quartiers, leur ville. Pour la campagne de projets de cette année, 143 489 personnes ont voté. Cela représente une augmentation de 12% par rapport à l’année précédente.

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