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À la Cité de l’Économie, on apprend en s’amusant

 

Logée dans un coin de la place du Général Catroux (XVIIe arrondissement), la Cité de l’Économie veut lutter contre les préjugés et l’opacité prêtés à la discipline. Cet objectif passe tout d’abord par l’éducation, destinée aux plus jeunes… mais aussi aux adultes.

Démystifier l’économie : telle est la mission de la Cité de l’Économie, qui a ouvert ses portes en juin dernier. Située entre les stations Monceau et Villiers, cette ancienne succursale de la Banque de France abrite aujourd’hui un musée unique en son genre. Du moins dans l’Hexagone, puisqu’il existe depuis 2006 un Museo Interactivo de Economía (Musée Interactif d’Économie) à Mexico (Mexique). La Citéco vise un public de tous âges, et notamment les plus jeunes, pour qui elle a développé de nombreuses activités et ateliers.

Quatre thèmes (les échanges, la production, les acteurs et les marchés) sont expliqués de façon interactive dans les 2400 m2 d’espace d’exposition au sein du bâtiment néogothique. Ainsi, le concept du troc est illustré à travers un jeu où les participants doivent nourrir des oisillons avec des fruits qu’ils doivent échanger entre eux. Avant de se rendre compte rapidement qu’il est plus aisé de faire des échanges quand une sorte de monnaie est introduite.

 

Les cycles économiques ou encore la valorisation du temps sont expliqués par le jeu. Crédits : Marie Delumeau

 

Dans une autre salle, on trouve un verre et un diamant placés dans un coffre-fort. La médiatrice, Lucie Partinicelli, explique aux visiteurs le paradoxe d’Adam Smith : la valeur des objets est faite par leur rareté et leur utilité. La rareté du diamant va donc de soi. Mais la valeur du verre d’eau se révèle par exemple dans un désert, où il devient utile.

Des notions simples qui parlent aux visiteurs. Maurine, une élève en terminale scientifique de 17 ans, explique qu’elle était venue pour « avoir des connaissances et comprendre. » Son verdict ? La visite du musée lui a semblé « abordable », et plus ludique que ses cours d’économie en seconde.

 

Jeux d’immersion et piqûres de rappel

À 11 heures 30, une autre activité appréciée par les visiteurs commence : le « Jeu du marché du mouton ». Les joueurs y incarnent des acheteurs ou des vendeurs qui doivent essayer d’acquérir – ou de vendre – un mouton au prix qui leur est le plus favorable. Réunis au milieu de la salle, les participants parlementent et négocient : « 115 ! » « Mais tu avais dit 110 tout à l’heure ! Allez 110, je ne peux pas faire autrement. » Plus loin, un garçon prévient son frère : « Non non non, il est en train de te piéger ! »

Par le biais de cette mise en situation, les visiteurs (re)découvrent le fonctionnement d’un marché financier. Ainsi, quand il y a une pénurie de moutons, le prix moyen augmente et passe de 75 à 100. Plus tard dans la partie, une situation de monopsone permet la diminution des prix. Vincent Palmier, qui anime l’atelier, donne la définition de cette notion : « Le prix a diminué parce qu’il y avait deux vendeurs pour un seul acheteur. » À travers ces exemples ludiques, les participants, petits ou grands, peuvent comprendre les effets de l’offre et de la demande. À la fin, ils sont répartis dans un classement selon leur bénéfice, afin de déterminer le meilleur acheteur et le meilleur vendeur.

 

« C’est ludique, mais il y a un aspect scientifique aussi »

Nathan, un élève de troisième, est ravi : avec son bénéfice de 1040 euros, il est arrivé premier au classement des meilleurs vendeurs. La visite de la cité de l’Économie l’a enthousiasmé : « C’était super, vraiment ludique ! » Sa mère, Marie-Pierre, complète : « C’est ludique, mais il y a un aspect scientifique aussi, qui mêle histoire et techniques. » Elle a apprécié la sensibilisation aux questions écologiques, traitée dans un jeu sur les conséquences de la pêche intensive.

Ayant elle-même suivi des études d’économie, elle reconnaît que la visite lui a permis de rafraîchir quelques souvenirs. À ses yeux, il est important que le musée soit aussi accessible aux adultes. Ces derniers ne sont pas exclus de l’aspect ludique. Bien au contraire. Ils sont encouragés à se laisser prendre au jeu et à apprendre en s’amusant. Ou à réaliser des rêves inespérés en imprimant leurs propres billets – mais seulement des “gaillards” (du nom d’Émile Gaillard, l’ancien propriétaire des lieux), la monnaie de la Cité de l’Économie.

Marie Delumeau

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