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Les postiers plantent la graine de la transmission

Sur le toit de la poste de la Chapelle, l’association « Facteur Graine » cultive un potager de 700m² depuis trois ans. Les postiers y perpétuent des modes de culture traditionnels et écologiques.

C’est un secret réservé aux initiés. Ils sont peu à savoir que le toit du centre de tri postal de la Chapelle cache un joli potager. Un îlot de verdure s’offre au visiteur qui aura su trouver son chemin dans un dédale d’escaliers de service, de trappes et de portes défraichies. A mesure que l’on gravit les étages de l’imposant bâtiment en tôle, l’odeur de bitume et de pots d’échappement laisse place à un doux arôme de sous-bois.

Le potager sur le toit du tri postal offre une vue imprenable sur les gratte-ciels parisiens.

Ils sont une petite trentaine à avoir pris le même chemin, ce samedi gris d’octobre. Les employés de La Poste, apprentis-jardiniers au sein de l’association « Facteur Graine », ont convié amis et familles à gouter les premières courges et les dernières tomates de la saison. Sur un stand en bois de récupération, on propose aux invités des quiches aux légumes, de la soupe à l’ortie ou des courgettes encore un peu terreuses. Sur une balance cabossée, un bénévole s’occupe de peser les denrées pour la vente.

Cultiver et vendre local

« Tout est cultivé sur place », annonce fièrement Sophie Jankowski, l’initiatrice du projet et employée de La Poste. Le jardin de 700m² en est à sa troisième récolte. Les plantes poussent sur un talus de 40 centimètres de terre et d’écorces de bois. Toute la production est vendue en circuit court ou donnée aux postiers. Mais là n’est pas l’essentiel : « L’objectif, c’est avant tout de perpétuer un geste, de transmettre une façon de cultiver », continue-t-elle.

Bénévoles et familles goûtent les récoltes de la saison.

Une pratique de postier en postier

La trajectoire du petit jardin croise celle de la grande histoire : « A la fin du siècle dernier, beaucoup de postiers ont quitté la campagne pour venir exercer leur métier à Paris. Ici, ils n’avaient plus la place pour cultiver un lopin de terre », narre Sophie Jankowski. Une course contre la montre commence : « La plupart des facteurs qui disposaient des savoir-faire était sur le point de partir à la retraite, il fallait faire vite ».

Secret de postier : Pour optimiser l’espace, les jardiniers de « Facteur Graine » pratiquent la technique des Trois Sœurs, héritée de la culture Maya, et cultivent maïs, courge et pois ensemble. Les tiges de maïs servent de tuteur aux pois. Les courges rampantes recouvrent le sol et empêchent les mauvaises herbes de se développer. Elles emprisonnent aussi l’eau au plus près des racines. Ainsi cultivées, les trois plantes deviennent complémentaires.

David, postier bénévole au jardin, fait partie de la jeune génération qui a appris des anciens. Il est venu avec sa femme et sa fille ce samedi : « Je travaille au potager sur mes heures de pauses, ou mes RTT. J’aime apprendre des techniques au contact de ceux qui savent. » En plus de ses heures sur le toit, David se forme, avec six autres collègues, à l’apiculture.

Un jardin engagé

La démarche de « Facteur Graine » est aussi politique. L’association est hostile aux modes de cultures intensifs. Au cœur des préoccupations des jardiniers en herbe : la graine. « Les agro-industries produisent des graines que l’on ne peut plus replanter. Cela fait 50 ans que l’agriculture dysfonctionne », affirme avec véhémence Sophie Jankowski.

Pour être cohérent avec ses principes, l’association se fournit en semences souvent anciennes, auprès d’agriculteurs locaux. Les bénévoles ont également installé des ruches, qui produisent du miel. « Ce site, c’est un peu notre vitrine », indique Sophie Jankowski.« On espère pouvoir véhiculer notre vision de l’agriculture encore longtemps. » Aujourd’hui, des projets similaires essaiment au siège du groupe, à Issy-Les-Moulineaux, ou sur le toit d’agences dans le XVe et le XVIe arrondissements de Paris.

Simon Adolf

 

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