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Nuits des Débats : la Convention Citoyenne pour le Climat

La Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) représente un processus démocratique inédit.  Le 17 octobre, à la Halle Civique de Belleville se tenait la 7ème édition de la Nuit des Débats. Les questions que soulèvent cette convention ont été abordées, le scepticisme était au rendez-vous.

La Nuit des Débats est une nuit pour débattre et mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Une agora populaire et conviviale lancée en 2016 par la ville de Paris. Le 17 octobre, se tenait la 7ème édition de cette Nuit des Débats. Dans la Halle Civique, au Nord du parc de Belleville, les citoyens traitaient de la Convention Citoyenne sur le Climat. Ce débat est une initiative de l’association Kawaa, qui cherche à créer du lien à l’ère du numérique. Animée par le fondateur de l’association, Kévin André, la discussion aborde dans une ambiance détendue, les questions soulevées par la Convention. Plusieurs personnalités ont fait le déplacement afin d’éclairer les interrogations des participants et replacer le contexte de la CCC.

Le point sur la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC)

- La convention est née des conclusions du grand débat national, d’une proposition du collectif « Gilets citoyens » et du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
- Elle a pour objectif d'atteindre une baisse de 40% des émissions de gaz à effet de 
serre(par rapport au seuil de 1990) d'ici 2030, dans un esprit de justice sociale. 
- Le budget total de la Convention est de 4 006 198 €, remis au CESE, pour l'organisation 
et l'animation. 
- 150 citoyens ont été tirés au sort pour illustrer la diversité de la société française dans cette organisation
- un comité de gouvernance indépendant du gouvernement composé d'experts du climat, des 
questions économiques et de la démocratie participative. 
- 7 réunions sont prévues au CESE pour une remise des conclusions en avril 2020 avec des mesures qui ont vocation à être soumise au référendum, au vote du Parlement ou appliqués directement par voie réglementaire.

Parmi l’assistance et les organisateurs, la défiance est de mise. La CCC a en théorie l’aval des membres du  gouvernement mais rien ne les oblige à respecter leurs engagements à terme. « Juridiquement, ils peuvent s’asseoir sur toutes les propositions », développe Quentin Sauzay, co-président de l’association Démocratie Ouverte qui a participé à la fondation de la CCC. Malgré cette incertitude, Priscillia Ludosky ne regrette pas le choix de la voie démocratique. Cette Gilet jaune de la première heure qui a œuvré pour l’existence de la Convention explique sa logique : “Même si je remets en cause le système, il faut l’utiliser”. Elle veut épuiser tous les recours de ce système pour se faire entendre. Les gilets jaunes ont utilisé le premier recours : le passage par la rue. “Jamais, au grand jamais, ce truc n’aurait existé sans les Gilets Jaunes ”, raconte-t-elle. Après le passage par la rue, qu’elle considère avoir été “déjà un processus démocratique”, elle souhaite activer le levier institutionnel et aller au bout de sa logique. « On a déjà alerté sur le fait que beaucoup de choses ne fonctionnaient pas […] si le gouvernement n’écoute pas les propositions faites par les citoyens, je ne vois pas comment on peut dire ‘on croit encore aux institutions’ », explique-t-elle.

Les citoyens, véritables acteurs de cette convention 

Halle civique de Belleville, le soir de la 7ème Nuit des Débats. Crédits : Marjorie Charpentier

Pour les organisateurs du débat, seul l’attachement du public peut fournir l’assurance de l’application des mesures proposées par les 150 citoyens. Quentin Sauzay évoque, en des termes imagés, “la capacité de la Convention à rentrer dans les chaumières”. Cette institution citoyenne inédite n’aurait pas pu naître sans le climat de contestation généré par les Gilets Jaunes, toujours présent à travers le mouvement « Extinction Rébellion ».

Pour Mathilde Imer, co-présidente de l’association Démocratie Ouverte et membre du comité de gouvernance de la Convention, cet outil démocratique n’a de sens que si l’on instaure une “convergence des luttes” entre les différents mouvements écologistes. Son co-président, Quentin Sauzay appuie son propos “Seuls, on n’y arrivera pas, on a besoin de la rue.” Son idée serait de jouer sur la complémentarité entre la force de la rue et des propositions réformistes afin d’exercer une pression assez forte sur le gouvernement, que ce dernier ne puisse refuser toutes les mesures proposées par les 150 citoyens.

 

Des visions divergentes sur la convention 

Objet insolite, la Convention est souvent critiquée. Pour certains organismes, comme Greenpeace, c’est un écran de fumée. Les solutions sont pour eux déjà connues et cette convention ne fait que laisser du temps supplémentaire au gouvernement. Pour certains citoyens, la convention est au contraire un moyen de sortir de la crise des Gilets Jaunes. Cette défiance se retrouve jusque dans le public présent ce soir à la Halle citoyenne de Belleville.

Des questions sont posées sur le mode de sélection des garants et experts. Un membre du comité de gouvernance, Catherine Tissot-Colle, dont l’étiquette MEDEF a été révélée par le média Reporterre, cristallise les inquiétudes. Pour Priscillia Ludosky, c’est un faux débat. “Il faut des voix dissonantes. Il est important de savoir comment ça se passe dans ces milieux-là”, tempère-t-elle. Elle rappelle que la représentante du MEDEF travaillera avec un collectif et qu’“il faut minimiser l’impact de Catherine Tissot dans les décisions”. Quentin souligne que les membres du comité de gouvernance ont rempli une déclaration d’intérêts disponible, sur demande, via le site internet de la Convention.

 

Marjorie Charpentier et Margot Michel

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