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Mamadou Yaffa : des photos pour rassembler le 18e

Jusqu’au 21 novembre, l’exposition photo La Goutte d’or se tient au centre FGO-Barbara, rue Fleury, ainsi qu’au square Léon, à Barbès. Cette exposition, basée sur les clichés de Martine Barrat, a été initiée par Mamadou Yaffa, un homme engagé pour améliorer la vie dans les quartiers du 18e arrondissement.

Mamadou Yaffa a 5 ans lorsqu’il rencontre la photographe Martine Barrat. C’est d’ailleurs une photo de lui sur son petit cheval en bois qui ouvre l’exposition photo La Goutte d’or. Une exposition à l’initiative de Mamadou Yaffa qui présente les clichés de Martine Barrat. Elle se tient du 21 septembre au 21 novembre au centre FGO-Barbara et raconte la vie du quartier de la Goutte d’Or.

Photo de Mamadou Yaffa prise par Martine Barrat, à Barbès, en 1982. (© Martine Barrat)

« Dans les années 80, je travaillais pour Libération. Je me promenais à Barbès et je suis tombée sur le quartier de la Goutte d’or. Evidemment, j’ai aimé ce quartier. Je me suis intéressée aux enfants que j’ai croisés. Ils étaient très libres et inventaient plein de jeux dans la rue. J’ai eu envie de les prendre en photo. Et parmi eux, il y avait Mamadou. », confie la photographe de 86 ans.

Une relation à distance qui dure

Depuis cette photo, la photographe et le jeune homme ont gardé contact et ont noué une relation amicale très forte au fil des années. « Nous sommes tellement amis, c’est une relation de mère à fils », souligne Mamadou Yaffa, surnommé Mams Yaffa. Martine Barrat, qui habite à New-York, renchérit : « Il fait partie de moi, il est comme mon fils. Quand je rentre à Paris, c’est le premier que j’appelle ».

Alors quand il propose à Martine Barrat d’exposer ses photos dans le quartier, elle accepte tout de suite. « Je voulais qu’elle vienne montrer son travail aux habitants de Barbès », explique-t-il.

Martine Barrat et Mamadou Yaffa, amis depuis plus de 30 ans. (© Martine Barrat)

Créer du lien à Barbès

« La vie c’est fait pour être engagé. On vit les uns pour les autres. Si on n’est pas là pour s’aider, à quoi on sert ? », questionne la photographe de 86 ans. Elle est d’ailleurs fière de l’engagement de Mamadou Yaffa. « Il est très politisé, il s’occupe de beaucoup de choses », indique-t-elle. Membre actif de l’association Esprit d’ébène, Mamadou Yaffa participe à la lutte contre le paludisme et organise des campagnes contre la dépigmentation volontaire.

Il se mobilise aussi pour rassembler les habitants de Barbès. C’est dans ce but qu’il a pris l’initiative d’exposer les photos de Martine Barrat. Il a lui-même accroché les clichés sur les grilles du square Léon. « Il a fait ça tout seul avec son frère Abibou », précise la photographe. Mamadou Yaffa a ainsi cherché à rendre accessible ces photos à tout le monde.

Les grilles du terrain de foot du square Léon sont recouvertes de photos de Martine Barrat. (© Marion Pépin)

S’engager politiquement

Cet engagement social, il le poursuit en se lançant dans la politique. En 2017, il est tête de liste pour les élections législatives dans le 18e arrondissement. « Il faut de nouveaux visages dans la politique et dans l’équipe dirigeante », soutient Mams Yaffa. Il souhaite régler les questions d’emploi et de solidarité, particulièrement importantes à Barbès. « J’ai des idées à défendre, une certaine vision sur le vivre-ensemble et sur l’avenir des quartiers. Je veux faire en sorte que certains quartiers ne soient pas distancés au niveau sociétal, économique ou environnemental », affirme-t-il.

« Nous avons notre en place en politique et notre droit de réponse. Avant, c’était les gens qui prenaient des décisions pour nous. »

Mamadou Yaffa a toujours habité au quartier de la Goutte d’or. C’est là qu’il a grandi. Son bureau, situé rue de la Goutte d’or, est ouvert aux habitants, qui viennent souvent le voir. « Le 18e est un quartier de migrations. Je pense que nous avons notre en place en politique et notre droit de réponse. Avant, c’était les gens qui prenaient des décisions pour nous. ». Ce « nous » correspond aux « jeunes de quartier, issus d’origines étrangères, dont les parents appartiennent à la première ou deuxième génération d’immigration ». En 2020, il compte bien participer aux Municipales pour « faire bouger les choses ». Il se laisse jusque fin novembre pour décider quelle place il occupera sur la liste du 18e arrondissement.

Marion Pépin

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