Image default
Bouger les lignes Dans les grandes lignes

Le savoureux succès des Frigos Solidaires

Deux ans après sa création, le concept des frigos solidaires séduit de plus en plus de commerçants et restaurateurs aux quatre coins de la France. Un succès national, malgré quelques difficultés.

Un frigo installé sur le trottoir. À l’intérieur, quelques briques de soupes et quatre ou cinq yaourts. « Un commerçant voisin a déposé 40 soupes il y a un peu plus d’une heure. Il n’en reste déjà plus que 5 ou 6 ! », remarque avec sourire Dounia Mebtoul, gérante du restaurant La Cantine du 18, et fondatrice de l’association Les Frigos Solidaires. Son idée ? Installer un frigo devant le restaurant familial situé rue Ramey, à proximité du quartier de Barbès, dans le 18ème arrondissement de Paris. Chacun peut venir y déposer de la nourriture ou s’en procurer. Deux ans après sa mise en place en juin 2017, le réfrigérateur continue d’être utilisé par les habitants du quartier. Une véritable success story, à tel point que le concept s’exporte bien au-delà des frontières de la capitale.

Une solution « concrète et facile à mettre en œuvre »

Au mois de mars, quatre frigos solidaires ont vu le jour à Nantes, Bordeaux, Tarbes et Poitiers. Dans les petites villes aussi les commerçants et restaurateurs se lancent dans l’aventure : depuis le mois d’avril, trois frigos solidaires ont été inaugurés à Arras (Pas-de-Calais), Saint-Avold (Moselle) et aux Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône). Derrière le comptoir de son restaurant, Dounia Mebtoul se félicite de cette réussite : « C’est génial ! De plus en plus de personnes prennent conscience que le gaspillage alimentaire est un fléau. » En totalité, l’association dénombre 30 frigos sur l’ensemble du territoire national. Un succès que la restauratrice attribue à la simplicité du concept : « Il s’agit d’un dispositif extrêmement concret, facile à mettre en œuvre et à utiliser », explique-t-elle.

Dounia Mebtoul, fondatrice de l’association Les Frigos Solidaires – © Les Frigos Solidaires

Aujourd’hui, le concept cartonne, mais tout n’a pas été aussi simple au départ. L’initiative, importée d’Angleterre par la jeune parisienne, était inconnue en France. Dounia Mebtoul le concède, « le lancement a été difficile car ici personne ne savait que cela existait », et la restauratrice a dû « beaucoup communiquer auprès des commerçants et des habitants du quartier ». Déposer ses quelques produits en trop au frigo solidaire fait désormais partie des habitudes de certains riverains. « Environ une trentaine de déposants et une cinquantaine de bénéficiaires se servent du frigo tous les jours », se réjouit la jeune femme.

« Les échecs sont très rares »

Pourtant, tous ne rencontrent pas un tel succès. Selon la restauratrice, « les échecs sont très rares », mais parfois « le dispositif ne fonctionne pas comme espéré ». À Niort, l’unique frigo solidaire de la ville n’est presque pas utilisé. Douniaf Mebtoul, explique cet échec par le manque de communication du restaurateur partenaire : « Il n’a pas assez fait l’effort d’en parler autour de lui, déplore-t-elle. Si personne ne connait votre frigo, comment voulez-vous qu’il soit utilisé ? » Face à ce bilan mitigé, le patron du restaurant niortais a décidé de ne plus sortir le frigo tous les jours. Une autre erreur selon la jeune femme : « Le frigo doit être placé à l’extérieur pour que les utilisateurs s’en servent. Ce sont de petites choses mais elles font la différence. »

À lire aussi : La Chapelle : un potager va pousser sous la ligne 2

Afin d’éviter les mauvaises surprises, l’association a renforcé ses exigences vis-à-vis de ses partenaires. « Nous sélectionnons plus rigoureusement les projets d’installation », raconte Dounia Mebtoul. Nous contactons le commerçant pour s’assurer de son engagement dans une démarche solidaire avant de donner notre aval. » La mise en place d’une collaboration nécessite aussi la signature d’une convention de partenariat entre l’association et les collaborateurs. Autre aspect primordial pour la restauratrice : le suivi. « Nous les appelons tous les mois pour s’assurer que les frigos fonctionnent bien. Leurs retours sont essentiels pour identifier les difficultés s’il y en a. » 

Objectif outre-mer

À La Cantine du 18, le succès du frigo n’empêche pas la gérante de voir plus grand. « Nous n’avons aucun problème de déposants mais nous devons continuer à accueillir plus de bénéficiaires » confie-t-elle. L’association elle, devrait continuer de grandir. La réussite de l’initiative n’a pas échappé aux maires de grandes agglomérations, qui souhaitent implanter eux-mêmes des frigos solidaires. À Lille, l’installation de 12 frigos a été votée au budget participatif de la ville. À Paris, l’association travaille au déploiement de 15 réfrigérateurs supplémentaires en collaboration avec la municipalité. « Une très bonne nouvelle » pour Dounia Mebtoul, qui ne compte pas s’arrêter là : « la prochaine étape, c’est l’implantation dans les départements d’outre-mer et pourquoi pas l’étranger ! » La recette de la solidarité de Dounia Mebtoul pourrait bien s’exporter.

À lire aussi : Au marché de Barbès, un grand nettoyage de printemps

Articles connexes

Nettoyage express au marché de Barbès

Antoine Trinh

Les acheteurs de cigarettes à la sauvette bientôt pénalisés

Nicolas Chamontin

Au Point éphémère, les disques lèvent le poing

Paul Ricaud