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La Chapelle : un potager va pousser sous la ligne 2

Trois ans après l’évacuation du campement de migrants, un jardin potager participatif va être installé sur la promenade Barbès – La Chapelle – Stalingrad. L’association qui mène le projet met en avant la portée sociale de l’initiative. 

Aujourd’hui, les automobilistes qui passent boulevard de la Chapelle ne distinguent, par-dessus les clôtures du terre-plein central, que des pelleteuses et des gros sacs de toile remplis de terre. C’est là, à l’ombre du viaduc de la ligne 2, entre les stations La Chapelle et Stalingrad, que poussera bientôt un jardin potager de 700 mètres carrés. Un projet porté par l’association Vergers Urbains, qui a remporté l’appel d’offre lancé par la mairie de Paris.  

Promis en juin, le potager ne sera pas inauguré avant novembre 2019 à cause du retard pris par les travaux de voirie. Pour patienter, une pré-inauguration sera organisée le 29 juin avec une exposition de photos de jardins partagés parisiens et new-yorkais.

 

Un extrait du visuel présentant le projet de promenade cultivée, baptisé Fermiers Généreux. © Vergers Urbains

 

Légumes « cosmopolites »,  légumes « rustiques » d’Ile-de-France,sauge, thym, laurier… La liste des primeurs n’a pas encore été arrêtée. « L’idée, c’est que tout le monde puisse planter un peu ce qu’il a envie », explique Juliette Crenn, chargé de coordination de projets chez Vergers Urbains. L’association compte proposer des parcelles individuelles. Les jardiniers amateurs pourront emprunter des outils et des graines, en échange d’une cotisation dont le montant n’a pas encore été défini.  Le lieu sera ouvert au public deux jours par semaine, en présence des bénévoles.

Avec ces cultures, les riverains vont voir débarquer une faune inattendue. « Dans un endroit sans biodiversité, on espère ramener des insectes, des lézards, des mésanges, des rouges-gorges… énumère Juliette.  Les oiseaux sont en train de disparaître de Paris. Si on peut contrer ça, c’est chouette. »

Les vertus du jardinage

Dans ce quartier où se croisent migrants,  bobos, étudiants et artistes, le potager peut-il devenir un lieu de brassage social ? Les membres de Vergers Urbains veulent y croire. « Souvent, dans ces jardins, il y a des gens qui ne se seraient jamais rencontrées ailleurs » assure Véra Briole, chargée de la médiation sociale au sein de l’association. Sa collègue Juliette Crenn cite en exemple le jardin Rosa-Luxembourg, situé rue Riquet, où son association gère un potager. « Dans ce square, il y a beaucoup de toxicos et de squatteurs. Toute une population qu’on arrive à attirer par le jardinage. C’est très gratifiant de faire pousser ses propres légumes. »

Juliette Crenn, chargée de projet aux Vergers Urbains, accompagné d’Abdel Benachour Abdelfatah, qui s’occupe du jardin partagé Rosa-Luxembourg. ©Thibault Droulez

De son côté, le spécialiste de l’agriculture urbaine Antoine Lagneau reste dubitatif. « A Paris surtout, ces  jardins n’échappent pas à un phénomène de classe, avec un groupe qui va accaparer la vie du jardin et en faire son lieu privatif, souvent un groupe homogène de catégorie supérieure. » Pour éviter ce phénomène, l’association compte travailler avec les écoles du coin et des centres sociaux pour proposer des activités aux familles du quartier.

Un facteur de gentrification

Plus largement, le potager pourrait transformer le visage de La Chapelle. « L’agriculture urbaine, si on n’y prend pas garde, est un facteur de gentrification, assène Antoine Lagneau. Ca va automatiquement augmenter les loyers. On a observé ça à Detroit, qui est le laboratoire de l’agriculture urbaine. » 

Un constat que ne dément pas Véra Briole : « vous avez un quartier « tout pourri » avec des seringues partout, les gens n’ont pas envie d’y habiter. A partir du moment ou vous mettez des jardins, où vous agrandissez les trottoirs, ça amène une nouvelle population, c’est certain. » Mais le potager, assure Juliette Crenn, aura bien une utilité sociale. « Il y a plein de familles populaires qui trouvent leur compte à cultiver leurs parcelles.» C’est intéressant pour des gens qui n’ont pas des budgets alimentation élevés. »

Thibault Droulez et Antoine Trinh

 

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