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Votre station ne s’est pas toujours appelée comme ça

La ligne 2 est l’une des plus anciennes du métro de Paris. Ses premiers tronçons ont été mis en service en 1900. Et elle n’a pas connu de modification depuis 1903… en ce qui concerne son parcours, tout du moins. Car au cours du siècle dernier, sept de ses stations ont changé de nom. On vous explique pourquoi.

 

  • Barbès-Rochechouart

Peut-être pas le plus spectaculaire des changements, mais c’est le plus ancien. Le 15 octobre 1907, la station Boulevard Barbès est renommée Barbès-Rochechouart. Une association curieuse, honorant d’un côté Armand Barbès, un militant républicain vivement opposé à la monarchie de Louis-Philippe et au régime de Napoléon III, qui paiera son engagement de plusieurs détentions puis d’un exil à la fin de sa vie. De l’autre, Marguerite de Rochechouart de Montpipeau, issue de l’une des plus anciennes familles de la noblesse française. Elle dirige l’abbaye bénédictine de Montmartre, alors l’une des plus importantes de France, au début du XVIIIe siècle.

Au carrefour des boulevards Magenta et Barbès, la mise en place de l’une des travées de la future station aérienne, lors de la construction du métro en 1902. (20/03/1902, Archives de Paris, D10S9 7/1/12, tél. le 29/04/2019)

 

  • Jaurès

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès est assassiné. Le 1er août, une station de métro prend le nom de cette figure du socialisme, opposée au déclenchement de la Première guerre mondiale. La raison d’une rebaptisation si rapide ? La station se nommait, depuis son ouverture en février 1903, Rue d’Allemagne. L’empressement des autorités à changer ce nom, à la veille de la guerre, est compréhensible : le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France, après avoir envahi le Luxembourg. Jaurès n’est d’ailleurs pas la seule station à changer en raison du contexte politique : Berlin, sur la ligne 13, est fermée dès le début du mois d’août 1914. Elle rouvrira en décembre de la même année, mais sous un nouveau nom : Liège, pour rendre hommage à la résistance de la ville belge lors de la conquête allemande.

La station Rue d’Allemagne, peu après son ouverture en 1903 (26/02/1903, Archives de Paris, D10S9 8/2/22, tél. le 29/04/2019)

 

  • Colonel Fabien

Un autre rebaptisation liée à un conflit, la Seconde guerre mondiale cette fois : en août 1945, la station Combat devient Colonel Fabien, pour répondre au renommage de la place éponyme à la mémoire du résistant français Pierre Georges, alias « Colonel Fabien ». Chargé d’encadrer et recruter des combattants au sein du Mouvement des jeunes communistes, il réalise également le premier attentat contre les forces d’occupation : le 21 août 1941 à la station Barbès-Rochechouart (sur les quais de la ligne 4 cette fois), il tue un soldat de la marine allemande.

Mais d’où était issu l’ancien nom de la station, Combat ? Dès la fin du XVIIIe siècle, le quartier est le théâtre de combats d’animaux. Chiens, taureaux, sangliers… jusqu’à leur interdiction en 1833, ces affrontements ont lieu dans une arène dont la place garde encore aujourd’hui la forme ovale.

La place ou barrière du Combat – car l’une des barrières marquant la limite de Paris s’y trouvait auparavant – en 1897, quelques années avant l’implantation du métro. (Clément Maurice)

 

  • Stalingrad

Des stations de la ligne 2, Stalingrad est celle qui a été la plus de fois renommée. Elle ouvre en janvier 1903 sous le nom Rue d’Aubervilliers, sur laquelle elle débouche. En 1910, la station Boulevard de la Villette est créée à proximité, sur la ligne 7. En 1942, les deux stations sont reliées pour n’en former plus qu’une, à l’occasion de l’ouverture des quais de la ligne 5. La station devient donc Aubervilliers – Boulevard de la Villette. Ce n’est que plus tard, en février 1946, qu’on lui donnera son nom définitif de Stalingrad. Il s’agit bien sûr d’un hommage à la bataille de Stalingrad, l’une des plus grandes défaites de l’armée allemande face aux Soviétiques et un tournant important de la Seconde guerre mondiale.

Le viaduc de la ligne 2 au niveau de la rotonde de la Villette (que l’on aperçoit au fond) en 1903. La place de Stalingrad n’est créée qu’en 1945. (21/03/1903, Archives de Paris, D10S9 8/2/25, tél. le 29/04/2019)

 

  • Porte Dauphine – Maréchal de Lattre de Tassigny

Le nom de ce maréchal, compagnon de la Libération, n’a pas toujours été accolé à la station Porte Dauphine. Ce renommage partiel a été effectué suite à l’action du général Hesdin et de l’association « Rhin et Danube ». Créé sous l’impulsion du maréchal de Lattre, cette dernière avait pour objectif de conserver la mémoire des soldats débarqués en Provence et ayant parcouru une partie de l’Europe, jusqu’en Autriche, pour lutter contre l’emprise du Troisième Reich.

Après la mort du maréchal de Lattre en 1952, l’association mène campagne auprès des autorités afin de renommer la place Dauphine, et la station éponyme, d’après lui. Les documents suivants, retrouvés aux archives de la RATP, conservent la mémoire du changement de nom de la place Dauphine :

Lettre que le général de Hesdin, président de « Rhin et Danube », a adressé au préfet de Paris afin de réclamer le changement de dénomination de la station Porte Dauphine. (Archives de la RATP)

Paris, le 18 janvier 1961

Monsieur le Préfet,

La cérémonie du 15 janvier, au cours de laquelle la Place la Porte Dauphine est devenue Place Maréchal de LATTRE de TASSIGNY, a été une réussite parfaite.

[…]

Nous serions désireux, Monsieur le Préfet, que les administrations compétentes, municipalités de Paris et RATP, fassent dès que possible le nécessaire pour substituer dans les lieux et sur les véhicules publics (métro, autobus, etc…), le nom de « Maréchal de LATTRE » à celui de « Porte Dauphine ».

Le Général de C.A. de Hesdin

Président national de « Rhin et Danube »

 

 

Document interne à la RATP, daté du 28 février 1961 et livrant les observations du directeur du réseau ferré au directeur des études générales de l’époque. Ce sont ces dispositions qui seront adoptées. (Archives de la RATP)

Ainsi que de la décision de la RATP d’accéder à la demande du général de Hesdin… du moins en partie, pour des raisons budgétaires :

« Un changement complet de dénomination du terminus « PORTE DAUPHINE » romprait l’unité d’appellation qui a toujours été maintenue sur l’ensemble du réseau pour les stations desservant les portes de Paris […]

D’autre part ce changement de nom nécessiterait d’importantes rectifications à de nombreuses plaques de direction et de nomenclature sur l’ensemble du réseau. […]

Toutes ces modifications entraîneraient des dépenses très importantes ; aussi, je propose de compléter l’appellation existante par l’indication « MARECHAL de LATTRE de TASSIGNY » […] sans apporter de modification aux différents plans, plaques de direction et de nomenclature existants […]. »

 

 

  • Charles de Gaulle – Etoile

Le nom historique de cette station, ouverte en 1900, était simplement Etoile, selon la place éponyme. Mais par un arrêté daté du 13 novembre 1970, soit quatre jours après la mort du général de Gaulle, elle est rebaptisée pour rendre hommage à l’ancien résistant et Président français. Ce changement créé cependant la polémique. Fin 1970 est même institué un « Comité national de défense de la place de l’Étoile – Sanctuaire du Soldat Inconnu et du Prestige de Paris dans le monde » afin de faire maintenir le nom « place de l’Etoile ». S’il n’arrive pas à ses fins, la polémique incite cependant le Conseil de Paris à édicter de nouvelles règles : il n’est depuis plus possible d’attribuer le nom d’une voie publique à une personne décédée depuis moins de cinq ans. Ce qui n’empêche pas le nom du général d’être adjoint à celui de la station Etoile.

La place Charles-de-Gaulle accueille le métro depuis 1900, mais également le tramway, comme en témoigne cette carte postale du début du XXe siècle. (domaine public)

 

  • Alexandre Dumas

C’est le plus récent changement de nom des stations de la ligne 2 : en septembre 1970, la station Bagnolet devient Alexandre Dumas. Le but : éviter toute confusion avec la nouvelle station Porte de Bagnolet, ouverte à l’occasion du prolongement de la ligne 3, en adoptant plutôt le nom de la rue Alexandre-Dumas, située à quelques centaines de mètres de là. Celle-ci rend hommage à Alexandre Dumas père, écrivain prolifique auteur notamment des Trois Mousquetaires (1844) ou du Comte de Monte-Cristo (1846).

Carte postale du boulevard de Charonne, à proximité de la station Bagnolet, en 1907. (domaine public)

 

Aimée Goussot

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