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Au Père Lachaise, une association redonne vie au cimetière

Dimanche avait lieu la première des huit représentations du spectacle Lachaise music’Hall au Père Lachaise. Encore peu connue, cette initiative de l’association Lachaise Musical fait vivre aux spectateurs un hommage à l’histoire de Paris en alliant promenade et chanson.

«À mort le roi !» Au milieu du Père Lachaise (XXème arrondissement), dans une impasse entourée de tombes, Vianney vient de hurler ces quelques mots sortis d’un autre temps. Immédiatement après, Élodie, Laurène et Vincent reprennent en cœur: «À mort !», sous les yeux d’une trentaine de spectateurs conquis. Avait précédé une brève histoire du révolutionnaire Joseph Lakanal, enterré à quelques mètres. Pendant quelques minutes, les quatre comédiens se donnent la réplique avant d’entonner une version française de «Madame Guillotine», tirée de la comédie musicale The Scarlet Pimpernel. Dimanche, c’était la première représentation de la saison du spectacle produit par l’association Lachaise Musical.

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Les comédiens performent pendant une heure et demie sous les yeux des spectateurs – © N. de Roucy
À l’origine, un projet étudiant

En retrait du groupe, Jeanne, Cléo et Loanne suivent le groupe et n’hésitent pas à bloquer les autres visites guidées lorsque les quatre comédiens occupent l’espace d’une allée. Les trois femmes sont à l’origine du projet. «On a lancé ce concept toutes les trois en 2015 quand on était en master médiation musicale à la Sorbonne. Créer un projet faisait partie de notre évaluation», explique Jeanne Gorisse, 27 ans. «On a décidé de faire vivre le projet. On voulait travailler sur plusieurs styles de musique pour transmettre de la culture. Rien de mieux que le Père Lachaise pour y arriver grâce à la multitude de gens différents qui y sont enterrés», poursuit l’organisatrice. «Finalement on a réussi à associer promenade agréable et culture», se réjouit-elle.

Cléo (à gauche) et Jeanne vérifient les billets des spectateurs avant de les confier aux comédiens. – © N. de Roucy

Depuis 2015, les trois jeunes femmes s’investissent chaque année le temps de quelques dates pour proposer ce genre de visites en partenariat avec des chanteurs et des comédiens. «Cette année, c’est la deuxième fois que ce sont les quatre même artistes qui jouent», explique Cléo Blassel, 29 ans. «Ils nous ont proposé il y’a deux ans de monter un spectacle entièrement en comédie musicale. On leur a dit oui, et six mois plus tard, ils sont revenus avec ce spectacle.» Jeanne, Cléo et Loanne restent bénévoles de leur association. «Le prix de la visite (de 12 à 18€, ndlr) ne sert qu’à payer les comédiens qui, eux, sont des professionnels. Aucune de nous trois ne touche de salaire», explique Jeanne.

Un spectacle qui peine encore à se faire connaître

La visite bat son plein. Une petite enceinte donne aux comédiens la mélodie sur laquelle ils chantent. Les quatre guides reprennent Sunday in The Park with George en français, devant la tombe du peintre Georges Seurat. Une copie de sa célèbre toile Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte posée sur un pupitre trône au milieu des comédiens. Vianney agite un parapluie fermé sur lequel il s’appuie régulièrement. Laurène arbore un haut-de-forme.

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De gauche à droite Vianney, Élodie, Vincent et Laurène, entonnent Sunday in the Park with George – © N. de Roucy

Karine et Daniel, sont là «pour Vincent», un des comédiens, et ne tarissent pas d’éloge: «Il y a un fil rouge d’une tombe à l’autre, c’est dynamique et vivant.» Daniel, un retraité, chapeau vissé sur la tête, glisse avoir été invité à assister au spectacle et «en profite pour se balader au Père Lachaise». De son côté, Velvet, venue couvrir l’événement pour son blog avoue qu’elle ne savait «même pas que cela allait être du chant en arrivant». La jeune femme «trouve l’idée très originale» et ignorait que «ce type de visite existait». Elle salue néanmoins une initiative «ludique et captivante».

«C’est vrai que pour le moment ce sont surtout des habitants du quartier qui viennent assister aux représentations», reconnaît Jeanne. «Plusieurs médias locaux auraient pu parler de nous mais ne l’ont jamais fait. Cela ne nous a pas empêcher d’avoir parfois une cinquantaine de personnes qui assistaient au spectacle», relativise la jeune femme. À 16 heures 30, le spectacle se termine sur un hommage à Amélie Poulain. Cléo, Loanne et Jeanne sont satisfaites. Les applaudissements fusent. Karine et Daniel viennent les remercier et lancent à leur ami Vincent: «On reviendra !»

Ci-dessous, la version originale de «Madame Guillotine», tirée de la comédie musicale The Scarlet Pimpernel :

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