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Les acheteurs de cigarettes à la sauvette bientôt pénalisés

Acheter des cigarettes au marché noir sera bientôt sanctionné par une amende forfaitaire de 150€. Un soulagement pour les riverains, mais pas de quoi dissuader les fumeurs concernés ni résoudre le problème du trafic illicite d’après les buralistes.

 

« Marlboro, Marlboro. » A la sortie des stations Barbès et La Chapelle, le refrain revient sans cesse dans la bouche des vendeurs à la sauvette postés sous le pont du métro. Un client s’avance vers l’un d’eux, lui glisse dans la main un billet de 5€ contre un petit paquet rouge et blanc griffé Marlboro. L’acheteur le range prestement dans la poche de son manteau et poursuit son chemin, le pas pressé. La transaction n’aura pas duré plus de 10 secondes. Une scène récurrente dans les principaux spots parisiens du marché noir. Mais peut-être plus pour longtemps.

Acheter des cigarettes au marché noir sera bientôt passible d’une amende forfaitaire de 150€ maximum couplée à une contravention de 2e classe. Elisa Fajgeles, ex-députée LREM du 5e arrondissement de Paris à l’initiative de l’amendement, a obtenu gain de cause. La Garde des Sceaux Nicole Belloubet s’est engagée à inscrire cette proposition dans la réforme de la Justice. Suppléante de Benjamin Griveaux, Elise Fajgeles a depuis quitté son poste de députée au profit de l’élu parisien. Et ce avant la mise en application de l’amendement. A quand les premières verbalisations d’acheteurs ? Impossible de savoir la date pour l’instant. Le plus tôt possible, espèrent les riverains impatients.

« On a milité auprès des élus pour que les clients soient enfin sanctionnés », se souvient Loïc Guezo, le président de Demain La Chapelle. Cette association de riverains accueille favorablement la pénalisation des clients. « L’amende va avoir un effet dissuasif, ça va assécher la demande. Les vendeurs devront se cacher, ça va soulager le voisinage », prédit Loïc Guezo.

 

Une perte de chiffre d’affaires pour les buralistes

A Barbès comme à La Chapelle, carrefours du trafic des cigarettes de contrebande, les acheteurs critiquent la mesure. A 4 euros le paquet de Malboro sous le manteau, au lieu de 8 euros dans un débit de tabac, Franck, la quarantaine, est un habitué. « J’ai pas les moyens d’acheter des vraies cigarettes, ça coûte moitié prix ici. J’ai pas le choix avec mon petit salaire. » L’ouvrier enchaîne petits contrats et chômage. Amende ou pas, il continuera à se fournir au noir. « Je ferai attention à la police, j’imagine que les vendeurs seront un peu plus discrets aussi. » avoue-t-il. Fumeur occasionnel, Sekou, retraité, doute de l’application du dispositif. « Les vendeurs à la sauvette sont censés payer une amende mais ils y échappent la plupart du temps, pour nous les acheteurs ce sera pareil. »

 

A lire aussi : Le commerce illicite de cigarettes passé au crible par des chercheurs, le cas de la Chapelle

 

Selon la Confédération des buralistes, 27% des cigarettes consommées en France proviennent de réseaux illicites. Cela représente un manque à gagner de 250 millions d’euros pour les débits de tabac et de trois milliards d’euros pour l’Etat. La Confédération des buralistes se réjouit donc de la pénalisation des clients au marché noir. Il y a un an, son président Philippe Coy avait soumis la mesure au ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin. La hausse des prix du tabac provoquerait une fuite des fumeurs vers l’économie souterraine d’après les buralistes. La Confédération assimile donc l’amende à une « mesure compensatoire ».

 

Vente à la sauvette et débit de tabac : deux clientèles différentes

Mais près de Barbès, les buralistes concernés ont une autre vision des choses. Dai Yoa tient le café brasserie Le Balto, à 600m de Barbès, boulevard Magenta. Il accueille les voyageurs de passage à la Gare du Nord dans une ambiance tamisée. « Le commerce à la sauvette n’a pas d’impact sur mon débit de tabac, ce sont deux marchés différents qui ne s’adressent pas à la même clientèle », avance le gérant. Il dénonce « la vente de cigarettes à l’unité à Barbès ». Richard, employé du tabac l’Energie Loto, rue du Faubourg Poissonnière, approuve l’amende pour les clients. « Ça ne mettra pas fin au problème mais ça va dégager pas mal de monde à Barbès, les vendeurs se cacheront au moins. »

Une station plus loin, à La Chapelle, on est également touché par le fléau des vendeurs à la sauvette. « Tous les riverains et les commerçants se plaignent mais ça a toujours été comme ça », explique, fataliste, le responsable du bar tabac La Rame, à 250 mètres de la station. Installé depuis un an et demi, rue Philippe de Girard, il aimerait que la législation actuelle soit déjà appliquée. « L’amende ne changera pas grand-chose. Le marché noir représente une perte réelle de chiffre d’affaires mais impossible de la quantifier, faute de référentiels. »

 

Une mesure dissuasive de santé publique

L’amende de 150€ pour les acheteurs de cigarettes de contrebande a-t-elle alors un sens ? « Le problème ne sera pas résolu du jour au lendemain », confie l’ex-députée à l’origine de l’amendement, Elise Fajgeles dans le Parisien du 19 novembre dernier. L’élue avance un argument de santé publique. Elle souhaite que sa mesure responsabilise les clients qui se fournissent dans l’économie parallèle. En 2017, un million de personnes ont cessé de fumer. L’exécutif veut accentuer cette tendance. Il a prévu d’augmenter progressivement les taxes sur les cigarettes. En 2020, le prix d’un paquet classique dépassera la barre symbolique des 10€.

 

Isabelle Cormaty

 

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1 commentaire

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