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Privateaser fait trinquer les petits patrons

Le long de la ligne 2 du métro parisien, les bars et bistrots sont légions pour le plus grand bonheur des riverains… et des startups de privatisation de salles sur internet comme Privateaser. Cette entreprise qui fête ses 5 ans, a profité de la digitalisation de événementiel pour se tailler une part de choix dans le chiffre d’affaires des établissements de la capitale. Elle promet de la visibilité sur le web, instaurant une concurrence de fer au détriment des petits gérants du secteur.

 

Du point de vue du client qui souhaite organiser une soirée, les sites de privatisation de salles comme Privateaser sont une aubaine. Une liste de critères à cocher, des établissements proposés en fonction et notés par les précédents utilisateurs. En trois clics, l’événement est finalisé et dispose d’un lieu sur mesure gratuitement. Une instantanéité pour le client qui cache une autre facette du processus. Le professionnel qui propose son établissement à la réservation doit en effet rétribuer le site à hauteur de 3 euros hors taxe par personne invité à l’événement.

 

 

« Plus il y a de clients, plus c’est intéressant »

Pour les bars ayant une grande capacité d’accueil, le prix à payer pour disposer du service est largement compenser. « Quand on utilise beaucoup ces sites, il y a une vraie relation de confiance qui se crée, explique un serveur d’une adresse bien connue à Colonel Fabien. Privateaser sert de secrétariat virtuel. On peut y voir toutes nos réservations durant la semaine sur un organigramme et s’il y a le moindre problème avec un client, le site se charge de le régler. C’est un intermédiaire bien pratique », ajoute-t-il. Les établissements les plus fidèles au service sont encouragés à s’abonner à un service premium moyennant 120 euros/mois et réduisant la redevance à 2 euros par tête pour les réservations.

Chez Privateaser, on estime que l’opération est largement rentable si le panier des clients pour une soirée avoisine les 70 euros. « Plus il y a de clients, plus c’est intéressant pour le professionnel, évidemment », avoue Kevin Meert, VP Sales dans la start-up en ligne. Les gérants disposant du plus d’espace et pouvant accueillir de grands évènements s’y retrouvent financièrement. Cependant, ce n’est pas le cas des plus petites structures pour qui l’abonnement mensuel est trop onéreux.

 

Un service peu rentable pour les petits établissements

Depuis 20 ans, Stéphane Lange gère Le Piston Pélican rue de Bagnolet, près du métro Alexandre Dumas. La décoration est atypique, le bar lustré et le choix de bières original et varié. Un profil facile à mettre en valeur sur un site comme Privateaser. Pourtant, Stéphane Lange fait la moue à l’évocation du site de privatisation. « Les prix ne sont pas du tout adaptés à des endroits comme le mien. Mon bar peut accueillir des soirées de 20 à 25 personnes maximum. Et le panier moyen ici est d’environ 22 euros donc faites le calcul, ironise l’homme, désenchanté. Ce n’est pas rentable du tout. » Selon lui, le développement de ces sites, à l’image de Booking dans l’hôtellerie, ou La Fourchette dans la restauration, a détérioré la profession de gérant d’établissement à Paris : « Tout le monde s’est inscrit sur ces sites, donc maintenant, la concurrence fait rage sur le web et, comme d’habitude, ce sont les plus gros qui gagnent le plus ».

L’avis est partagé par Nadia, gérante du bistrot à vin Le 12ème Cru près du métro Nation. « Le service est utile pour faire connaître son établissement », reconnaît la jeune femme. Privateaser peut prétendre offrir de la visibilité : 400 visiteurs sont recensés chaque jour sur leur site. « Une fois que les gens sont déjà venus, il vaut mieux dire leur dire de nous appeler directement pour la réservation de leur soirée. » Le manque à gagner du service est donc criant pour les établissements ne tablant pas sur une consommation effrénée à leur bar ou sur des clients au portefeuille fourni. Au-delà du coût conséquent de ces sites pour les professionnels, le type de clientèle attiré par la privatisation facile constitue un autre dilemme.

 

Une clientèle d’anniversaires

« Quand on passe par ces sites pour remplir son restaurant, la plupart du temps la clientèle est jeune et vient fêter un anniversaire, explique Stéphane Lange. Moi je refuse de n’accueillir que des anniversaires d’inconnus. Mon établissement perdrait tout son charme ». Conserver une part d’habitués du quartier dans sa clientèle est effectivement un luxe que ne permet pas Privateaser et consorts. Tout est une question de philosophie de travail. Pour Stéphane, « psychologiquement, c’est toujours mieux de connaître au moins en partie ses clients ». Le gérant déplore la nouvelle logique des consommateurs avec le développement de l’offre sur le web : « les gens cherchent juste l’endroit le moins cher avec le plus de réductions, au détriment de l’endroit ou de leurs bonnes relations avec le personnel. C’est dommage », confie-t-il, résigné.

De son côté Privateaser poursuit sa folle ascension, loin de toute considération philosophique. L’entreprise s’emploie maintenant à viser davantage l’organisation de soirées pour les entreprises. Un recalibrage qui ne manquera pas de bouleverser à nouveau le quotidien de nombreux gérants d’établissement.

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