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La Perm’ Belleville, le phare associatif qui fait des vagues

Sur sa page Facebook, la Perm’ se présente comme « une permanence d’accès au droit, à du soutien scolaire ou administratif ». Avec la police et la mairie du XXème, les relations ont toujours été tumultueuses depuis sa création fin 2017. Depuis les tensions autour de l’évènement Indésirables ! Indésirables ?, la houle a pris de l’ampleur. 

La Perm’ fait salle comble ce 16 mars. Le local exigu est bondé. Calé sur une chaise en plastique, un vieux vidéo-projecteur grogne alors que la projection du documentaire Police, illégitime violence du réalisateur Marc Ball débute. Diffusé sur France 3 en novembre 2018, il traite des contrôles au faciès et des violences policières dans le XIIe arrondissement. « Indésirables », c’est le terme qui serait utilisé dans certains procès-verbaux de police pour qualifier les jeunes du quartier présents sur l’espace public.

Il a fallu pousser les murs du local de La Perm’. Crédit : François Chagnaud

Les conditions sont loin d’être idéales et ne correspondent en rien à celles qu’imaginaient les bénévoles de La Perm’. La veille au soir, l’accès à l’école Pali-Kao leur a été refusé par la mairie du XXe. A 18 heures, Omer Mas Capitolin, Baptiste Dupin et d’autres membres de La Perm’ sont convoqués dans le bureau de la maire de l’arrondissement, Frédérique Calandra. Elle leur notifie alors le refus de mettre à leur disposition les locaux de la maternelle. Le documentaire de Marc Ball est jugé « à charge ». L’équipe ne serait « pas assez professionnelle pour assurer un débat public ». Enfin, dans un communiqué publié le 21 mars, la mairie argue « qu’une école de la République n’était pas le lieu adéquat pour la diffusion d’un tel documentaire ». Baptiste Dupin s’indigne : « Elle nous a reproché d’exciter les jeunes contre la police. On cherche à nous mettre des bâtons dans les roues. »

L’évènement devait réunir des habitants du quartier et des policiers autour de la question des relations entre la police et les jeunes. Selon Omer Mas Capitolin, ce chamboulement de dernière minute déroge au mandat de maire et repose sur des prétextes fallacieux. « Elle est maire, donc elle représente le peuple pendant un mandat. […] L’école est un lieu de réflexion, là où on construit les citoyens. » affirme-t-il.

C’est donc une version tronquée à laquelle assistent les participants. Le théâtre-forum et la venue d’autres invités ont été déprogrammés, faute de temps. Seule la projection du documentaire et le débat auront lieu. Omer Mas Capitolin se félicite du succès de cet après-midi malgré les difficultés. « On fait acte de résistance », affirme-t-il.

Frictions policières

Cette déconvenue n’est pas une première dans l’histoire de La Perm’. La mairie les voit d’un mauvais œil, mais le cœur du problème réside dans les relations avec les forces de l’ordre. Autour de la place Alphonse Allais, les rondes des véhicules de la police nationale sont incessantes. En quelques heures,  ils effectuent des dizaines de passage à faible allure, scrutant les quelques personnes assemblées devant le local.

Pour ceux réunis sur la place cet après-midi, le comportement de la police pose problème. Les contrôles d’identité sont un enjeux majeurs de la vie à Belleville. Les bénévoles l’affirment, le contrôle au faciès est de routine ici. Début décembre, une formation à la prise d’images a été proposée aux jeunes de La Perm’. L’objectif est de recueillir des preuves vidéo de ces contrôles abusifs pour « constituer un dossier ». Si filmer un contrôle de police est autorisé, les risques encourus par les vidéastes sont importants. « On voit que ça excite les policiers, ça les énerve », affirme Baptiste Dupin. Il affirme avoir été lui-même contrôlé sans raison alors qu’il filmait un contrôle d’identité sur des jeunes du quartier. Il attribue cette amende, qu’il conteste, à une stratégie de harcèlement et d’intimidation.

Les jeunes de la place Alphonse Allais, devant l’école Pali-Kao. Crédit : Julie Vitaline

Samuel*, fonctionnaire de police, participe au débat de l’après-midi du 16 mars. Ces pratiques, il affirme bien les connaître, les ayant lui-même pratiquées au début de sa carrière avant de les dénoncer, scandalisé. « J’étais complètement désemparé après avoir dressé mon premier PV suite à un contrôle d’identité : la personne n’avait pas commis d’infraction ! Mon chef m’a dit : “ Tu le places en indésirable“ ». Il n’excuse pas ces pratiques, mais le reconnaît : « On a tendance à harceler ceux qui sont sur les points de deal ». En décembre dernier, des agents de police ont voulu s’introduire dans le local de La Perm’. Ils affirmaient poursuivre un jeune dealer qui se serait servi du local comme passerelle entre les nombreux points de revente de drogue qui parsèment le quartier.

 

* le prénom a été modifié

François Chagnaud
Propos recueillis par François Chagnaud et Julie Vitaline

 

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