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La collection singulière du Musée de la Contrefaçon

Le Musée de la Contrefaçon fait partie des musées atypiques de la capitale. Pour autant, conçu en 1956 par l’Union des fabricants, il s’agit avant tout d’un outil de sensibilisation du consommateur. En 2018, plus d’un tiers des consommateurs avouaient avoir acquis un produit contrefait sans y être au courant. 

Dissimulé dans les rues huppées du XVIe arrondissement de Paris, à proximité de la Porte Dauphine, le Musée de la Contrefaçon sait se faire discret pour un public non-averti. Il est pourtant unique au monde. Installé dans un ancien hôtel particulier, peu d’indices indiquent qu’une collection s’y trouve. Selon les employées du musée, de nombreux visiteurs avouent ne jamais avoir osé y pénétrer de peur que la visite ne se fasse uniquement sur rendez-vous.

En 1872, l’Union des fabricants (Unifab) est constituée. Elle se donne pour mission de protéger la propriété intellectuelle des fabricants. Créée à ses débuts par un collectif de pharmaciens afin de protéger leurs brevets sur les composées chimiques, elle représente aujourd’hui près de 200 marques comme Danone, Louis Vuitton ou bien Saint Gobain. Selon Regis Messali, directeur de la communication à l’Unifab, « la France est un pays précurseur dans la lutte contre la contrefaçon ». En 1956, l’association a l’idée de mettre en place le Musée de la Contrefaçon dans le but de servir les intérêts de ses adhérents et sensibiliser le consommateurs. Il sert aussi de siège à l’union.

Les fournitures de bureau sont également souvent copiées. Tout y est : le logo, le type de produit, le même packaging. Un seul défaut subsiste : l’orthographe de la marque – Crédits : Maxime Levy
Atypique mais résolument pédagogique

Les objets présentés proviennent des archives de la police, de la douane, des tribunaux mais aussi des marques elles-mêmes. Ces dernières sont désireuses que les consommateurs facent enfin la différence entre un stylo Bic et un stylo Bix. De fait, la collection s’établit au rythme des saisies et de la saisonnalité de la contrefaçon. A Noël, les jouets sont à l’honneur. En été, ce sont les maillots de bains et la crème solaire. A Pâques, on y retrouve des produits alimentaires.

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En plus d’une visite des plus traditionnelle (assez rapide), le musée organise des ateliers à destination d’étudiants. Les filières visées sont le marketing et la communication mais aussi la mode et les écoles de design. Ces réunions ludiques consistent en une analyse détaillée des différences entre les produits authentiques et contrefaits. Le but ? Découper, cisailler, démonter des produits, parfois très cher comme des chaussures Weston, afin d’analyser les différences de confection et les matériaux utilisés. Les élèves, majoritairement issus de l’université Dauphine, peuvent s’en donner à cœur joie.

Les articles de luxe sont souvent imités mais rarement égalés. La coupe de ce mocassin Weston nous montre les couches épaisses de cuir qui compose sa semelle, inexistantes sur la copie – Crédits : ML

Le but du musée est double. Amuser le visiteur par son côté atypique mais aussi le sensibiliser à une pratique qui coûte près de 60 milliards d’euros chaque année à l’Union Européenne. Pour autant, Sophie Yin, responsable du musée, avoue qu’elle « souhaiterais voir plus d’élèves et de groupes d’étudiants arpenter les couloirs du musée ». En effet, même si les ateliers trouvent leur public, les visites collectives se font à l’initiative des professeurs. Ils sont malheureusement peu nombreux à connaître l’intérêt pédagogique de la collection.

Une mission élargie au fil du temps

Si l’activité première du musée sert d’abord l’intérêts des marques, la collection s’est également élargie aux œuvres d’art. Depuis l’année dernière, des toiles et des sculptures contrefaites sont exposées dans la 3ème salle du musée.

Un bel exemple d’une oeuvre récupéré par un « faussaire paresseux ». Les tableaux sont le plus souvent récupérés sur des brocantes. Ici, le faussaire y a appliqué la signature de Claude Monnet, habitué à peindre des personnages fumant la pipe – Crédits : ML

Les tableaux sont, encore aujourd’hui, les premières victimes des contrefacteurs. Une partie de la collection est d’ailleurs consacrée aux « faussaires paresseux ». Ils n’avaient pour unique talent que la recopie de la signature de grands maîtres sur des croûtes achetées dans des brocantes. Il est plus simple pour un imitateur de vendre un tableau inconnu ou présumé disparu qu’une toile exposée dans un musée !

Fait amusant, le musée lui-même est une copie. Un drôle d’hasard a voulu que l’Unifab choisisse une reproduction d’un hôtel particulier situé dans le Marais. Une batisse elle-même inspirée de l’architecture du palais de l’Elysée. Quoi de mieux qu’une imitation pour abriter des contrefaçons ?

 

 

Maxime LEVY

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