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Hommage à l’inspecteur du funiculaire de Montmartre

De 1900 à 1991, l’inspecteur de ligne du funiculaire de Montmartre veillait au bon déroulement du trajet qui mène à la basilique du Sacré-Cœur. Une profession oubliée, remplacée par l’automatisation.

Certains métiers éveillent notre curiosité. Et c’est en fouinant dans les archives de la RAPT, à Saint-Germain-en-Laye, que nous avons découvert celui-ci. Dans cette commune des Yvelines, la société des transports en commun franciliens entrepose une extraordinaire quantité de paperasse, vieille de parfois plus d’un siècle.

Sur de nombreux documents, lettres manuscrites ou rapports quotidiens datés de 1935 à 1940, une même signature réapparait. Celle de l’inspecteur de ligne du funiculaire de Montmartre. Impossible de déchiffrer son nom, mais grâce à ces feuilles jaunies, nous avons pu reconstituer la journée type de cet intriguant personnage.

Le 2 février 1935, le funiculaire reprend du service. Trois années d’interruptions ont été nécessaires pour l’électriser et le sécuriser. Pour cinquante centimes d’anciens francs, touristes et riverains peuvent accéder à la basilique du Sacré-Cœur en soixante-dix secondes. Tout le parcours s’effectue sous l’œil attentif de l’inspecteur de ligne du funiculaire.

Des rapports quotidiens parfaitement conservés

Chaque jour, l’inspecteur remet un rapport détaillé. Il y annote la température de manière approximative : « assez beau », « pluvieux » ou encore « un peu froid ». Mais il détaille aussi l’heure du premier, comme du dernier départ, le nombre de passagers, le nombre de tickets vendus, le montant de l’argent dans la caisse le soir…

Le tout, complété d’éventuelles remarques. La plupart du temps, l’inspecteur du funiculaire de Montmartre inscrit « service assuré sans incident d’exploitation ». Sauf le 19 juin 1936. Ce jour-là, à 22h55, le funiculaire s’arrête brusquement. Une panne d’électricité l’immobilise en pleine montée. Dix personnes sont à bord, neuf sont blessées.

Dans la semaine qui suit, l’inspecteur reçoit quatre réclamations, dont celle de Madame Yves Fauvet. Elle s’est fracturée la jambe droite, ne sera rétablit que dans cinq mois, et souhaite être indemnisée. C’est à l’inspecteur du funiculaire de trier les réclamations et de les transmettre au chef de service des contentieux.

Lire les réclamations manuscrites des usagers

Parfois, les réclamations proviennent des riverains, pour lesquels le funiculaire est leur principal moyen de transport. Monsieur F. Dagant habite au 74 rue Lamark. Le 29 juin 1935, il écrit à l’inspecteur du funiculaire pour dénoncer un fait régulier : un temps d’attente anormalement long avant le départ de la machine.

« Je suis un client journalier du funiculaire de Montmartre et viens vous demander de faire respecter par vos employés le règlements affiché ou de le modifier. En effet, ledit règlement informe les usagers que le départ est donné immédiatement quand il y a 5 personnes pour la montée ou la descente. Or, ce jour 28 juin à 11h45, il y avait douze voyageurs pour la montée et vos employés ont demandé le départ 3 minutes montre en main après que le douzième voyageur ait pris place dans la voiture.

[…]

Si ce petit incident ne se présentait pas journellement, je ne vous enverrais pas cette lettre de réclamation, et c’est justement parce que ces faits se renouvellent trop souvent que je vous demande, ou de changer le règlement actuel, ou de les respecter, et les usagers sauront s’ils peuvent compter sur ce moyen de transport ou s’ils doivent s’en passer. »

Par l’intermédiaire de l’inspecteur du funiculaire de Montmartre, cette lettre est parvenue à faire modifier le règlement, la fréquence des départs devenant modulable entre 2 et 5 minutes après que les passagers soient entrés dans la cabine.

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« Les officiers allemands assimilent le funiculaire au métropolitain et pensent avoir droit à la gratuité du parcours »

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Pendant l’occupation allemande, c’est avec les officiers allemands que l’inspecteur a du fil à retordre. Ces derniers pensent pouvoir emprunter le funiculaire sans s’acquitter des cinquante centimes requis. Dans une lettre adressée au préfet, il demande à ce que les prix du trajet soient affichés en allemand :

« Quelques incidents se sont produits au funiculaire de Montmartre, lors de la perception du prix des places des militaires allemands en uniforme ou fonctionnaires allemands porteurs de brassards. Ces voyageurs, assimilant le funiculaire au métropolitain, pensaient avoir droit à la gratuité du parcours. »

Le métier d’inspecteur du funiculaire de Montmartre disparaît en 1991, alors que la RATP achève sa seconde rénovation pour l’automatiser. Depuis lors, la présence et le nombre de voyageurs sont détectés par un ordinateur. C’est moins de paperasse pour les archives.

 

Chloé Barbaux

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