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Nettoyage express au marché de Barbès

À Barbès, après chaque marché, les meilleurs agents de propreté de la ville de Paris entrent en scène. Trois heures leur suffisent pour laver les trottoirs recouverts de déchets ; une course contre la montre minutieusement orchestrée.

Sous la partie aérienne de la ligne 2 du métro parisien, les commerçants ont plié boutique et le ballet des machines peut commencer. Balayeuse à brosses, aspiratrice, tracteur électrique, camion-benne… Une symphonie stridente de klaxons, moteurs et sirènes, enveloppée par le bruit du métro qui passe juste au-dessus.

Boulevard de la Chapelle (18e arrondissement), le marché de Barbès se tient deux fois par semaine, le mercredi et le samedi. Dès 14h30, Yann Sévérini arrive avec son équipe de la « fonctionnelle », le service de propreté de la ville de Paris. Les commerçants ont jusqu’à 15h pour quitter les lieux. D’ici là, il s’assure que les deux compacteurs sont en ordre de marche. Ces grosses bennes vertes réduisent le volume des déchets collectés. L’allée se vide progressivement et lorsque l’heure arrive, seuls deux retardataires finissent de remballer leurs étals.

Nettoyer réclame une répartition des tâches rigoureuse

Douze membres de la brigade fonctionnelle sont envoyés sur le marché de Barbès. Dix agents et deux responsables, « techniciens de services opérationnels », explique Yann Sévérini: « Chacun a un rôle précis, et sait ce qu’il est censé faire. C’est cette organisation millimétrée qui permet de gagner du temps, ou évite d’en perdre. Il faut suivre la procédure, que tout soit en place pour travailler dans de bonnes conditions.«  Sauf qu’aujourd’hui, un grain de sable vient enrayer le mécanisme : pris dans les embouteillages, les tentiers n’ont toujours pas enlevé le barnum, ces structures métalliques qui délimitent les stands.

Les commerçants s'apprêtent à quitter le Marché de Barbès et laissent des montagnes de détritus. (Photo: Antoine Trinh)Yann Sévérini, 48 ans, encadre les membres de la fonctionnelle l'après-midi.
(Photo: Antoine Trinh)En attendant que les tentiers retirent les barres d'acier, plusieurs personnes restent pour fouiller dans les ordures.(Photo: Antoine Trinh)

Histoire de patienter, Yann Sévérini contrôle l’état des emplacements : « On ne s’attend pas à ce que tout soit déjà propre, mais les commerçants doivent au moins regrouper leurs détritus ». Puis il inspecte les bacs marron réservés aux bio-déchets. Ce système de tri existe depuis un an et demi: « On s’est rendu compte qu’il y avait un gros volume de déchets organiques non traités », justifie Yann avant de concéder que « ça implique un peu de pédagogie auprès des commerçants ».
Si le marché produit 15 tonnes de déchets en période creuse, ce chiffre monte à 17 voire 18 tonnes l’été ou pendant les fêtes. « Souvent, la différence est due à une plus grande quantité de fruits, surtout ces dernières années quand le ramadan tombait en été », conclut-il.

Une énorme charge de travail…

Après une intervention expéditive des tentiers, la voie est enfin libre : Plus aucune armature n’empêche la progression des machines. De chaque côté du terre-plein central, un agent pose des cônes orange sur la route. Il matérialise la « gaine technique », un couloir où ses collègues seront protégés des voitures. Autour des tas de déchets aussi, un périmètre de sécurité est bouclé. Une agente de sécurité de la Mairie de Paris surveille de loin. À ses yeux, le marché de Barbès présente deux soucis majeurs: « Les vendeurs à la sauvette qui reviennent dès que la place est libre, ça complique considérablement le nettoyage, et les personnes qui viennent fouiller dans les débris du marché, car sans le savoir elles se mettent en danger. » De la cabine d’un engin, effectivement, difficile de distinguer la silhouette d’une personne penchée au milieu d’un tas d’ordures. Et bien que la foule ait déserté les arcades du métro aérien, quelques curieux tournent encore près des restes, à la recherche d’invendus.

Un agent de la fonctionnelle balaie les déchets du marché. (Photo: Antoine Trinh)Un agent de la fonctionnelle balaie les déchets du marché. (Photo: Antoine Trinh)Dans la "gaine technique", trois membres de la fonctionnelle procèdent aux finitions. (Photo: Antoine Trinh)Le trottoir parfaitement nettoyé, à la fin de l'intervention de la fonctionnelle. (Photo: Antoine Trinh)

…Pour des agents qui passent inaperçus

Les compacteurs, de part et d’autre du trottoir, fonctionnent à plein régime. Appelés en renfort, des camions-bennes prennent le relai pour les désengorger. Contrairement au marché de Belleville, qui produit un volume de déchets équivalent mais s’étend sur 1 200 mètres, celui de Barbès se concentre sur un espace très restreint. Cet endroit exigu, 400 mètres de long maximum, « représente un défi supplémentaire » selon Yann Sévérini: « ne pas se gêner dans le déroulement des opérations » . Une fois le jet d’eau haute pression et les balayeuses à brosses passés, l’équipe de la fonctionnelle laisse derrière elle un trottoir impeccable, le résultat de trois heures d’efforts méthodiques et coordonnés. Au moment de partir, pourtant, personne ne daigne les regarder. Cela ne surprend pas grand monde : Malgré leurs tenues fluo aux bandes réfléchissantes, les agents de propreté de la Mairie de Paris ont l’habitude de travailler dans l’ombre.

Infographie : Antoine Trinh

La fonctionnelle, unité spéciale de la propreté de Paris

Certains considèrent la fonctionnelle comme la brigade d’élite des éboueurs parisiens. Yann Sévérini préfère parler de cellule d’intervention, mais reconnaît que ce métier exige « beaucoup de travail et d’heures supplémentaires ». « On est sur le qui-vive en permanence, ça demande une grande disponibilité. On peut se retrouver d’astreinte quand il y a de la casse, après les manifestations, pour les évènements sportifs ou la Gay Pride. » En contrepartie, la fonctionnelle n’est pas touchée par les restrictions budgétaires, et peut réquisitionner du matériel dans les ateliers des divisions territoriales qui dépendent de chaque arrondissement. En début d’année, la centaine d’agents a même intégré des locaux flambant neufs avec un parking de quatre étages pour tous les véhicules, Porte des Lilas (20e arrondissement). Depuis ce déménagement, les femmes sont acceptées au sein de l’unité, car elles disposent maintenant d’infrastructures dédiées. À l’intérieur des vieux préfabriqués en place de l’autre côté de la rue, les toilettes et vestiaires n’étaient prévus que pour des hommes.

Yann Sévérini voit défiler toutes les nouvelles recrues, dont ces premiers profils féminins. Il encadre l’équipe de l’après-midi, un passage obligatoire afin d’espérer rejoindre l’antenne du matin ou de la nuit: « C’est la plus visible, celle qui a le plus de tâches spécifiques pour former les agents ». Et les occasions ne manquent pas. Dernièrement, ils ont reçu d’autres missions : Par exemple la tonte des espaces verts, et le déblaiement de camps de migrants…

Antoine Trinh

 

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1 commentaire

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