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Dans les grandes lignes

Opération « collège mort » réussie à Colette Besson

Pour protester contre le regroupement écoles-collèges voulu par la réforme Blanquer, les enseignants du collège Colette Besson, dans le 20ème arrondissement de Paris, ont appelé les parents à ne pas envoyer leurs enfants en cours le jeudi 11 avril. Requête entendue, 99 % des élèves étaient absents.

La mobilisation n’aura pas été vaine. En fin d’après-midi, le responsable académique en charge de l’éducation prioritaire en collège s’est rendu au collège Colette Besson pour annoncer que l’académie de Paris allait reconsidérer la demande de moyens pour le dispositif ESQ. D’ordinaire, près de 400 élèves se pressent pour rejoindre leur salle de classe à Colette Besson. Mais ce jeudi matin, pas d’embouteillage rue des Panoyeaux :  il règne dans cette petite artère de Ménilmontant un parfum de vacances scolaires. La rue est déserte, le silence brisé par le passage d’un camion poubelle. Sur la façade claire du collège, une imposante banderole verte occupe deux fenêtres. On peut y lire en capitales «éducation au rabais», ou «parents-profs en colère !». Le ton est donné pour cette journée «collège mort». L’équipe éducative a de nouveau demandé aux parents de ne pas envoyer leurs enfants en cours, après une première opération « collège mort » le 19 février. Elle  les enjoint à se mobiliser pour protester contre la baisse de moyens alloués à cet établissement en réseau d’éducation prioritaire (REP +).

Crédits : Irvin Blonz
La banderole est affichée depuis le 19 février. Trève des vacances oblige, elle a été enlevé du 23 février au 11 mars. (Crédits : Irvin Blonz)

Suppression annoncée d’un dispositif de soutien scolaire

Si les enseignants sont vent debout contre les réformes Blanquer, c’est parce qu’ils s’inquiètent de la baisse des moyens alloués à l’établissement. Avec une incidence majeure : la suppression du dispositif EQS, créé il y a trois ans par les enseignants, qui offre un soutien scolaire pour les élèves en grande difficulté. Plusieurs fois par an, l’équipe éducative accompagne durant six semaines un groupe de six à sept élèves en grande difficulté. Ces enfants profitent d’un suivi personnalisé et d’une initiation aux arts et au théâtre, pour leur redonner le goût d’apprendre. Le directeur académique (DASEN) de Paris a annoncé au collège Besson que ce dispositif serait supprimé l’année prochaine, faute de moyens. Ce qui a précipité l’opération «collège mort» du 19 février«On a déjà dû composer avec un budget deux fois inférieur cette année, mais si on supprime ce dispositif, comment éviter que certains élèves ne quittent le système scolaire ?», s’interroge Anne-Marie Toffolo, enseignante d’espagnol et syndiquée à SUD-Education.

Sur presque 400 élèves, seulement 6 étaient présents

Sans les parents d’élèves, difficile pour les enseignants de peser dans le débat avec l’académie. Bonne nouvelle, la mobilisation est suivie par une très grande majorité des parents d’élèves. Seuls six enfants sont présents, sur les 396 collégiens que compte Colette Besson. La revue en ligne collaborative sur l’éducation publiée par un réseau de professeurs et de chercheurs « Café pédagogique » a recensé un taux d’absents de plus de 90 % dans les écoles primaires du 20ème arrondissement, qui ont suivi l’appel de Colette Besson.

Un taux d’absence très important, mais inférieur à celui de la 1ère mobilisation «collège mort». Aucun élève n’avait rejoint les bancs de l’école ce jour-là. La raison est claire pour Liu, assistante d’éducation qui prend sa pause cigarette : «Les parents de ces quelques enfants ne comprennent pas que l’on puisse se passer une deuxième fois d’une journée de cours.» C’est donc pour expliquer leur mobilisation que les enseignants ont convié ce jeudi les parents d’élèves à venir échanger en salle des profs. Certains sont mêmes venus tôt. Lorsque Anne-Marie Toffolo, enseignante d’espagnol et syndiquée SUD-Education, arrive sur place vers 9 heures, trois mères d’élèves se sont déjà rendues dans le bureau de la directrice Madame Pavard. Une situation qui ne plaît pas à la cheffe d’établissement, qui estime ne pas avoir été prévenue de ce moment d’échange parents-profs. « Vous auriez du me prévenir, cette autorisation relève de mon autorité », rappelle Mme Pavard à Anne-Marie Toffolo. Une réunion qui cependant semble avoir rassurer les mères de lycéens qui quittent l’établissement. Mère d’une collégienne en 5ème, Élodie approuve l’opération menée par les enseignants. «Les profs travaillent déjà avec des moyens limités, alors si on leur coupe les vivres… Ma fille avait des difficultés à l’école, et elle a repris le goût d’apprendre à Besson donc c’est important que le collège continue à bien fonctionner.» 

« On ne doit pas baisser les bras »

Les enseignants ont tout de même revoté pour attribuer la note maximale à tous les collégiens lors des évaluations, en rendant compte cependant des progrès réalisés par chaque élève. Un système de notation spécifique au collège Colette Besson. Pas de note de 0 à 20, mais des notes en fonction des compétences acquises. Des pastilles de couleur, allant du rouge pour « compétence non acquise » au vert pour « compétence acquise ».  «On ne doit pas baisser les bras et avancer main dans la main», prévient Anne-Marie Toffolo.

Irvin Blonz

 

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