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Le combat de la famille de Georges Méliès pour rénover sa tombe

 Depuis le 26 mars, une campagne de récolte de fonds pour rénover la tombe de Georges Méliès au cimetière du Père Lachaise a été lancée par la famille du cinéaste du début du XXème siècle.

64ème division de l’avenue circulaire du Père Lachaise. Entre deux chapelles, un petit chemin s’écarte de cette allée principale, et ouvre sur une autre partie plus périphérique du cimetière. « Pour trouver sa tombe, il faut vraiment la chercher », indique Pauline Duclaud-Lacoste, l’arrière-arrière-petite-fille de Georges Méliès.

Pourtant, à cet instant, deux jeunes filles viennent se recueillir devant le buste du grand cinéaste. Elles sont Polonaises, l’une d’entre elles porte un sac en toile du festival du cinéma de Varsovie. Un peu plus tard, un autre fan s’approche. « Je suis venu lui dire bonjour, ça m’arrive de temps en temps », explique-t-il.

La jeune femme a l’habitude de voir des inconnus défiler devant la sépulture familiale. « Ce que j’adore, c’est découvrir les cadeaux des gens. Parfois ils laissent des fleurs, parfois des pellicules, des lettres. Ça montre qu’après tout ce temps, Georges reste inspirant », se réjouit-elle. Mais les traces des années marquent de plus en plus la tombe. Depuis le 26 mars, Pauline Duclaud-Lacoste a lancé une campagne de crowdfunding qui se terminera le 23 avril pour la restaurer. Construite en 1881 pour la famille de la première femme du réalisateur, Méliès y sera enterré à sa mort en 1938. Et hormis la pose de son buste en 1954, aucune rénovation n’a été réalisée.

Aujourd’hui, le vert-de-gris dû à la corrosion de la sculpture en bronze se répand sur la stèle. Deux potelets manquent : « L’un d’entre eux, comme la chaîne en fonte qui les reliait, a été volé ; l’autre est tombé et nous l’avons récupéré avant que quelqu’un ne le dérobe », détaille Pauline. Les 372 lettres de l’épitaphe doivent être regravées ; la pierre tombale nettoyée, sa surface lissée à nouveau. Montant total des travaux : 36 000 euros.

Le vert-de-gris est l’oxyde dégagé par le bronze du buste. Il a déteint sur la stèle et lui donne cette couleur bleue. Photo : LM

Des normes très strictes

« Le Père Lachaise est un lieu classé. Les prix des rénovations pour respecter les normes s’en ressentent », explique Pauline Duclaud-Lacoste. Tout doit être réalisé par des restaurateurs d’arts, et la diversité des matériaux, le bronze, la fonte et la pierre principalement, requiert l’expertise de nombreux professionnels. La famille du cinéaste doit alors monter un dossier, avec les devis et le détail de chaque amélioration de la tombe. Une fois le projet prêt, il doit être validé par une commission qui gère les travaux sur les monuments classés. « En tout, il aura fallu plus d’un an pour valider le dossier. Maintenant, on ne peut plus changer une seule virgule, sinon, la procédure recommence à zéro », développe-t-elle.

Même si la tombe est située dans un lieu historique, aucune subvention de la municipalité de Paris ou du ministère de la Culture ne vient en aide à la famille de Georges Méliès. La sépulture est un bien privée, et les autorités publiques ne sont pas concernées tant qu’elle ne met pas en danger les visiteurs. Alors les proches du cinéaste ne peuvent compter que sur eux-mêmes et sur la générosité des internautes pour remettre en état la tombe d’un des pionniers du cinéma.

Un cinéaste qui a marqué son époque

« Georges Méliès est un des premiers créateurs totalement indépendants : il écrit, il réalise, il fabrique les décors, il joue, il produit », explique Laurent Le Forestier, professeur d’histoire du cinéma à l’université de Lausanne. L’un des premiers à parier sur les films de fiction, il en réalisera des centaines dans le studio qu’il construit à Montreuil dans sa maison familiale. Voyage dans la Lune, son film le plus connu, reste gravé dans l’imaginaire collectif.

« Il était l’un des premiers à rallonger les films, et aussi un des premiers à systématiser les trucages. L’un d’entre eux, qui a beaucoup marqué à l’époque, était le dédoublement : parfois, il apparaissait lui-même dix fois sur l’image », précise Laurent Le Forestier.

Georges Méliès, 1861-1938

Mais de nouveaux groupes se développent dans les années suivantes, Pathé et Gaumont, et prennent la place du cinéma artisanal de Méliès, le menant à sa ruine. Il sera alors oublié pendant de longues années, et travaillera dans un petit magasin de jouets de la gare Montparnasse, avant d’être redécouvert par des critiques de cinéma dans les années 1930. « C’est le début de la construction d’un mythe, il est vraiment reconnu à ce moment-là », souligne Laurent Le Forestier.

Georges Méliès est aujourd’hui considéré comme un précurseur, un pionnier dans son art. Martin Scorsese lui a même rendu hommage en 2011 avec le film Hugo Cabret, dans lequel le cinéaste est représenté. Des ciné-concerts sont régulièrement organisés autour de ses films. « Mais sa tombe est le dernier lieu de pèlerinage pour les personnes qu’il a marquées », conclut Pauline Duclaud-Lacoste.

Lucie Mouillaud

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