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A la une Bouger les lignes

A Paris, les véhicules électriques dépassent les bornes

En 2018, près de 40 000 véhicules électriques supplémentaires ont été immatriculés sur toute la France. Si le marché de l’électrique se porte bien, les infrastructures des villes ne sont pas toujours adaptées à ces nouvelles automobiles. C’est le cas notamment à Paris. Au fil de la ligne 2, nous avons rencontré les acteurs du marché du véhicule électrique qui font part des difficultés présentes dans toute la capitale.

Au bout de l’avenue de la Grande Armée, une voiture noire est garée près des bornes de recharge Belib, destinées aux véhicules électriques. Son conducteur attend patiemment à côté. Alexandre, 37 ans, est chauffeur VTC. Il a acheté sa voiture en décembre: un modèle 100% électrique. Auparavant, il roulait en voiture hybride mais les aides à la conversion annoncées par l’Etat à la fin de l’année l’ont incité à changer. Et il ne regrette pas son choix: «La conduite en électrique, je trouve ça génial», raconte ce chauffeur en listant les avantages: pas de frais de carburant, peu d’entretien et un stationnement gratuit. Un détail pourtant le contrarie. Les infrastructures électriques sont encore trop peu développées. «Les bornes électriques ont un temps de recharge très long. Parfois, il y en a même qui ne fonctionnent pas. On met le badge, le chargeur s’initialise mais ne charge pas. Dans d’autres cas, les bornes sont déjà occupées par d’autres conducteurs. C’est tout le réseau qui doit être amélioré», explique-t-il.

Temps de recharge et réseau de bornes

Avec les bornes belib, mises en place par la ville de Paris, Alexandre met près d’une heure à recharger sa voiture. «Ça fait long, surtout quand on travaille. C’est du temps de perdu pendant lequel on ne réalise aucune course», renchérit-il. Un temps de recharge trop long qui peut également freiner les ventes de voitures électriques.

C’est le constat dressé par Joël Caden, consultants EcoDyamics chez un concessionnaire spécialisé dans les véhicules électriques, avenue de la Grande Armée. Il note une augmentation constante des ventes de voitures électriques malgré certaines réticences toujours présentes: «Au niveau de l’autonomie des voitures, la solution a été trouvée et les véhicules sont assez performants. En revanche, le temps de recharge et le réseau de bornes peuvent encore freiner les automobilistes à passer à l’électrique», admet-il.

Pour lui, ces nouvelles technologies nécessitent un changement dans la conception du transport automobile: «On n’est plus sur “je m’arrête à la pompe quelques minutes, je mets mon gazole et je repars”, c’est toute la pratique qu’il faut changer. Ça remet en question le quotidien des gens.»

Des améliorations à venir

Si pour le moment Joël Caden juge les infrastructures insuffisantes pour répondre aux besoins des automobilistes, il constate pourtant leur développement. «Est-ce que les bornes publiques suivent? J’aurais tendance à dire “un peu”, mais c’est exponentiel», assure-t-il.

L’association Avere, basée à Ménilmontant et promouvant la mobilité électrique, tient également un discours optimiste. Selon Mathieu Chiara, responsable de la communication, les immatriculations de voitures électriques ont bondi de 28% en 2018 contre 3% pour les véhicules à essence ou diesel. Pour cause, les entreprises et les collectivités territoriales sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser aux transports propres.

Du côté des particuliers, un problème demeure : l’installation de bornes de recharges à domicile. «A Paris, très peu d’habitants ont un parking afin d’installer leurs propres bornes de recharge, et dans les immeubles, la procédure administrative est compliquée avant d’avoir l’autorisation pour le faire», explique Mathieu Chiara.

Pour répondre à ces attentes, la Mairie de Paris devrait progressivement remettre en service 2 000 des 3 000 bornes de recharge anciennement dédiées aux autolib.

 

Anna Huot et Clara Lahellec

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