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Culture et loisirs

Qui va garder les enfants des femmes politiques?

Au théâtre de Belleville dans le XIXe arrondissement, Nicolas Bonneau explore les difficultés des femmes qui se font une place en politique dans « Qui va garder les enfants? »  Avec irrévérence et humour, l’auteur et comédien raconte, seul sur scène, ces femmes souvent confrontées au machisme.

« Mais qui va garder les enfants ? » Laurent Fabius lance cette phrase à Ségolène Royal alors qu’elle annonce sa candidature à l’élection présidentielle de 2007. Quelles soient drôles, piquantes ou ridicules les petites phrases politiques deviennent souvent les emblèmes de ceux qui les ont prononcées. C’est pour cette raison que Nicolas Bonneau, conteur, auteur et comédien, en a fait le titre de son seul en scène qui revient sur des histoires de femmes en politique tout en dénonçant le sexisme qu’elles subissent.

La remise en question de l’auteur

L’histoire personnelle du créateur de la compagnie La Volige est le fil conducteur de la pièce. Ses questionnements, ses réflexions, tout est parti de Caroline. Amour de jeunesse quitté car elle parlait un peu plus fort et un peu mieux que lui. Il la revoit 20 ans après. Elle est députée et il comprend la cause de leur rupture: il se sentait menacé. Menacé par son verbe haut et le pouvoir qu’elle pouvait prendre. Il se lance alors à la rencontre de femmes politiques. Le but: comprendre comment elles réussissent à se faire une place dans un monde d’hommes. Pendant deux ans, il suit élues locales et nationales, de droite et de gauche. Il s’entretient avec elles et se documente sur leur histoire.

Elles s’appellent Yvette Roudy, Ségolène Royal, Simone Veil, Margaret Thatcher et Angela Merkel. Elles passent sur la scène du Théâtre de Belleville. Toutes incarnées par Nicolas Bonneau, entre rencontres vécues et saynètes immaginées. Chacune de ses femmes a sa personnalité mais toutes ont connu le sexisme en politique. Insultes et critiques sur le physique, mansplaining et manterrupting.  Le message de Nicolas Bonneau est clair: les hommes se sentent bien plus légitimes en politique que les femmes. Il questionne ses propres insécurités face aux femmes de pouvoir, également celles des hommes en général.

«Elle est bien roulée, tu crois qu’elle porte une culotte?»

Très rythmé, le spectacle combine monologues introspectifs, dialogues, contes, anecdotes et chansons. Chacun est utilisé pour montrer et dénoncer des comportements face à des femmes, aussi capables qu’eux d’assumer des mandats politiques. Dans une chanson machiste au possible, Nicolas Bonneau reprend des mots trop souvent entendus par les femmes autour d’un refrain explicite: «Elle est bien roulée, tu crois qu’elle porte une culotte?».

Christiane Taubira s’ajoute au tableau dans des interludes sombres et pleins de suspense. L’auteur y conte la course effrénée de l’ancienne Garde des Sceaux, entre la Guyane et le Suriname, alors qu’elle n’était encore qu’une jeune militante indépendantiste.

Il fait vivre son spectacle pendant une heure et demie et réussit à poser les bonnes questions sur l’état du sexisme en politique en 2019. Pourquoi les hommes se sentent en danger quand une femme se lance en politique? attaquent immédiatement leur physique, leur tenue ou leurs compétences, les cantonnent à leur rôle de mère et de ménagère?

Même le personnage de Salomé, fille de mairesse, est intransigeant du haut de ses 14 ans: «Quoi, tu n’es pas féministe?! N’importe quoi! C’est la base!». Si la pièce connaît quelques longueurs, on garde en mémoire des phrases choc entendues par des élues: «la politique, c’est pas pour les poupées Barbie».

Dans un décor épuré, quelques chaises et un jeu de lumières et sons permettent à l’acteur de changer de personnage en une fraction de seconde. Il passe de son propre rôle à celui d’une maire des Hauts-de-France, à une ex-Première ministre sans perdre le spectateur. Celui-ci rit et s’offusque tour à tour. Régulièrement, il est appelé à participer dans un jeu de questions/réponses entre le comédien et les spectateurs, pour les questionner sur leur propre vécu.

Une phrase du personnage de Caroline (citant Groucho Marx) conclut le spectacle: «les hommes sont des femmes comme les autres».

Qui va garder les enfants? écrit et joué par Nicolas Bonneau. Du 16 janvier au 31 mars, théâtre de Belleville (même le masque et la plume la conseille).

Photo: Pauline Le Goff © 
Texte: Océane Segura

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