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Un repas fait maison pour soutenir le lien social

Le 8 novembre dernier, Tout Autre Chose a rouvert sa table d’hôtes rue Milton dans le 9e arrondissement de la capitale. Fermé depuis 2016, le restaurant de cette association ayant pour objectif de « créer du lien social » propose de réaliser une B.A.: tout en se régalant d’un repas réalisé sur place avec des produits frais, les clients soutiennent le projet des bénévoles et les activités hétéroclites de la structure. 

 

A la table d’hôtes de Tout Autre Chose, l’objectif est de servir chaque jour 20 couverts.© TN

Sur le comptoir flambant neuf, entre la salade et le coupe-pain, le menu du jour trône : velouté de légumes en entrée, puis gratin de bettes au chèvre frais. Pour le dessert, gâteau aux pommes et aux épices. Un repas entièrement élaboré par Annie, Marie-Christine et Mélissa, trois bénévoles de l’association Tout Autre Chose qui, en attendant les premiers clients, se penchent déjà sur les courses à faire en vue de la semaine prochaine. Le bloc-notes à petits carreaux se noircit : viande, cumin, coriandre, ail… « Tous les produits sont frais, et les plats sont préparés sur place ! », lance fièrement Mélissa, vêtue d’un tablier rouge. Il y a douze ans, elle décide de créer l’association après avoir lu Mangez-moi, un roman d’Agnès Desarthe dans lequel Myriam, une quadragénaire un peu rêveuse, fait un pari fou : ouvrir son propre restaurant de quartier.  « J’ai refermé le livre et je me suis dit : je vais ouvrir un restaurant », se souvient-elle. Aujourd’hui, les rêves de la dynamique Mélissa se sont réalisés, comme ceux de son héroïne favorite. Tous les jours, elle et ses amies bénévoles servent en moyenne une vingtaine de couverts selon l’affluence, à des clients venus chercher l’occasion d’accomplir une bonne action tout en dégustant un menu fait maison à 15€. Les bénéfices de la table d’hôtes partent directement dans les caisses de Tout Autre Chose, et servent à financer ses activités. La plupart des clients sont des habitués, voire des bénévoles de l’association, qui venaient déjà dans les anciens locaux du restaurant rue Raudier (9e), contraint de fermer il y a deux ans car le propriétaire des lieux vendait son bien. Depuis la réouverture de la table d’hôtes le 8 novembre dernier, les plus fidèles sont de retour pour soutenir le projet de l’équipe.

Après le service, la salle de restauration se transforme en salle de danse, en scène de théâtre ou encore en bibliothèque, selon l’atelier proposé. © TN

Une association qui ne « rentre dans aucune case »

Car Mélissa ne s’est pas contentée d’ouvrir un restaurant comme dans son roman fétiche. Avec Tout Autre Chose, elle a créé une association de quartier qui propose des activités pour tous les goûts et tous les âges, financée en partie par son activité de restauratrice. « L’objectif est de créer du lien social », explique-t-elle en montrant le planning de la semaine, affiché sur un mur entre les tables. Danse, cours de français, théâtre, soutien scolaire, tous les ateliers sont assurés par des bénévoles. L’association en compte 50 réguliers. Dont un petit noyau de dévoués présents dès le premier jour, qui ont connu les débuts difficiles de la structure, trop hétéroclite pour recevoir des aides de l’Etat. « Au départ, ça a été dur pour obtenir des subventions », confie Mélissa. « On ne rentre dans aucune case : on fait à la fois de l’insertion en proposant des cours de français à des étrangers, mais on propose aussi des visites à des personnes âgées, ainsi que du soutien scolaire… Du coup, pendant deux ans, on n’a pu obtenir aucune aide. » Elle fait un geste de la main vers une des tables. « Jusqu’à il y a une demi-heure, une dame était en train de prendre un cours d’informatique ici. Et bientôt, si tout va bien, on proposera des cours de Taï Chi. » Aujourd’hui, Tout Autre Chose a le statut d’association d’intérêt général et vit grâce à des subventions et à la table d’hôtes, dont les locaux sont d’ailleurs installés dans un bâtiment appartenant à la mairie. Outre les ateliers en tous genres, la cantine se veut un lieu d’échange et de partage. Des bénévoles ou des voisins viennent compléter les étagères croulant sous les livres qui tapissent les murs, des passants viennent y travailler et profiter de la connexion Wifi. « On ne sait pas qui va pousser la porte, c’est un peu le hasard. Ça peut être un prof qui vient corriger des copies », sourit Marie Palacios, directrice de l’association.

Etre ensemble

Le tintement de la sonnette retentit d’ailleurs, et est bientôt couvert par les salutations chaleureuses de Marie et Robert, tous deux bénévoles et bénéficiaires depuis plus de 6 ans. « On vient toutes les semaines ! » assure Marie dans un sourire. « Grâce à cette association, on a participé à tout un tas d’activités : j’ai fait du yoga, Robert a enseigné la gym douce dansée ici tout au début, et en ce moment j’assiste à un atelier d’écriture », énumère-t-elle. Pour elle, venir à Tout Autre Chose a été presque vital lorsqu’elle est arrivée à Paris. « J’ai été malade d’un cancer, confie-t-elle. L’association et ses activités m’ont beaucoup aidée. J’ai plein de copines maintenant », sourit-elle. Pour continuer cette mission de lien humain que s’est donnée l’association, elle a même invité deux femmes seules chez elle pour le réveillon. « Il faut développer ce genre de structures. Parce que grâce à ça, on est ensemble », explique-t-elle en s’asseyant devant son assiette de gratin, un grand sourire aux lèvres.

Tiphaine Niederlaender

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