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Tamoul : partir pour mieux se retrouver

Comment avoir l’impression d’être au cœur du Sri Lanka sans quitter Paris ? Tous les premiers dimanches du mois, une messe en tamoul est célébrée dans le quartier de Belleville. Elle réunit une communauté poussée à l’exil car réprimée dans son pays d’origine. (3/3)

Troisième volet d’une série de trois épisodes sur la communauté tamoule d’Île-de-France. Le premier est à consulter ici et le deuxième ici.

Vanakkam ! Cela ne vous dit rien ? C’est du tamoul ! Si ses locuteurs sont au nombre de 80 millions dans le monde, ils ne représentent qu’un quart de la population de leur pays d’origine, le Sri Lanka. Regroupée autour de la ville de Jaffna, d’où est originaire le prêtre officiant Joseph Kamalananthan, cette communauté possède une histoire méconnue mais douloureuse.

Une communauté persécutée

Depuis le siècle dernier, les Tamouls sont opprimés par l’ethnie majoritaire du Sri Lanka, les Cinghalais. S’il existe une rivalité de longue date entre les deux groupes, la persécution ne s’institutionnalise qu’en 1956, lorsque le gouvernement de l’époque instaure le cinghalais comme seule langue officielle. C’est la première d’une longue série de lois discriminantes à l’égard de la minorité tamoule. Il devient plus difficile pour eux d’accéder à l’université, et illégal de se procurer des livres ou films dans leur langue. Le gouvernement organise une rupture culturelle entre les Tamouls de l’île et ceux du continent indien.

En 1972, le bouddhisme est institué religion d’État, et les Tamouls, à 85 % hindouistes, sont de fait rejetés. La communauté, composée également de catholiques, s’exile peu à peu, comme les fidèles de la paroisse que nous avons rencontrés dans les épisodes précédents.

Un exode renforcé par l’affrontement qui débute alors entre les autorités et une organisation séparatiste tamoule, les « Tigres de libération ». Ces derniers militent pour l’indépendance des régions nord et est du pays, où se concentre la communauté. Le conflit s’envenime en 1983, date à laquelle les Tigres prennent les armes, commettant notamment de nombreux attentats-suicide.

Le difficile retour au calme
Crédits : A. Ravasi

Après des années de violence entrecoupées de trêves, la guerre civile se termine en 2009. Bilan : plus de 100 000 morts, dont 40 000 civils lors de la dernière offensive de l’armée sri-lankaise. Raison pour laquelle l’ancien président, le nationaliste cinghalais Mahinda Rajapakse, est accusé de crimes contre l’humanité par l’ONU.

On dénombre également 80 000 disparus, qui font toujours l’objet d’une commission d’enquête. Certains ont été enlevés par la guérilla des Tigres tamouls pour combattre dans leurs rangs, d’autres ont été torturés et abattus par l’armée régulière.

La situation s’est aujourd’hui améliorée grâce à la politique d’ouverture du nouveau président Maithripala Sirisena, élu en 2015. Mais la discrimination est loin d’être terminée. Les Tamouls attendent toujours la reconnaissance de leur génocide par l’Etat.

Du fait de leur répression, les Tamouls ont migré à travers le monde. Leur diaspora comprend 8,4 millions d’individus, soit autant que la communauté restée au Sri Lanka. Même si les chrétiens ne représentent que 5 %, ils composent la majorité des 100 000 personnes installées en France, à Bordeaux, Toulouse ou encore Paris.

Leur seul moyen de réunion : la messe. Plus qu’une cérémonie religieuse, elle représente donc un facteur de lien et de transmission culturelle… d’autant que les nouvelles générations comprennent rarement leur langue d’origine.

La messe est célébrée à la paroisse Saint Joseph des Nations tous les premiers dimanches du mois à 12h30. Une cérémonie se tient également à la chapelle tamoule de l’église Notre-Dame Réconciliatrice les mardis et vendredis à 17 heures. Un culte qui a débuté en 1994 sous l’impulsion du diocèse de Paris et qui fêtera l’année prochaine ses 25 ans.

Aimée Goussot & Alexandre Ravasi

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