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Daybreaker, la happiness therapy matinale

Depuis deux ans, le collectif Daybreaker organise tous les mois des matinées dansantes à Paris. Une certaine idée de la fête, sans alcool et avant d’aller au travail, qui réunit à chaque édition 150 personnes autour d’un mot d’ordre : soyez heureux. Reportage au quinzième opus à la Bellevilloise, dans le XXe arrondissement.

La morosité n’est pas la bienvenue, merci de la laisser devant la porte. C’est en substance le message envoyé par les organisateurs de Daybreaker. Dès l’entrée, le visiteur est dans le bain de la positive attitude. Des bénévoles tout de blanc vêtus – dress code du mois oblige – distribuent des free hugs dans le hall. Parmi eux, Anya, un mannequin russe vivant à Paris. Cette bénévole qui n’a manqué qu’un événement depuis le premier en France donne une heure de son temps en échange d’une place : “J’ai tout de suite adoré le concept. Danser avant d’aller bosser, ça motive pour toute la journée !”, s’exclame la jeune femme, qui commence le travail à 9 heures.

Dimension parallèle

Une fois entrés, les participants pénètrent dans une dimension parallèle. Il est 6 heures du matin, il fait encore nuit noire et tous s’apprêtent pourtant à danser des heures durant. Mais avant, passage par la case yoga. Soixante minutes d’exercices dynamiques avec lumière rose et musique électro – de la house aux inspirations exotiques.

Au yoga, pas facile de suivre la prof mais tout le monde se montre impliqué.

Félicia, banquière de 36 ans, est justement venue pour cette activité avant tout : “C’est un cours totalement différent des autres. La professeure et l’ambiance sont là pour motiver tout le monde et ça marche !”, explique-t-elle. Pour le cours et la partie dansante qui suit, elle a dû s’acquitter de la somme de 25 euros : “Je trouve le tarif très raisonnable dans la mesure où un cours de yoga dans n’importe quel studio, c’est au moins 20 euros”, estime-t-elle. Martin Pannier, membre du collectif Daybreaker ajoute : “C’est un prix qui se justifie au vue des artistes présents, de la salle et du petit déjeuner inclus. Le prix est indexé au niveau international [Daybreaker existe dans 25 villes] et pour l’instant, les organisateurs parisiens ne se payent pas” concède-t-il. Avant d’ajouter : “Les artistes acceptent d’être moins bien rémunérés qu’ailleurs parce qu’ils ont totalement adhéré au concept.” Un constat validé par tous ceux qui animent la matinée. “Au début c’était juste un job comme un autre, explique Otis, le speaker, et puis j’ai découvert l’effet waw : c’est une énergie folle qu’on construit ensemble avec les participants. J’ai l’impression de planer sans substance ici, c’est complètement fou !

Une énergie communicative qui circule parfois même jusqu’aux plus sceptiques. Céline a 25 ans et c’est la première fois qu’elle vient ici. “Je ne raffole pas de la musique mais je trouve que l’état d’esprit est intéressant. Il y a des jeunes, des moins jeunes, des enfants même et tout le monde s’amuse. Le chauffeur de salle joue aussi beaucoup, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Au début je me disais que c’était bizarre d’aller en club sans consommer d’alcool, mais en fait ça fonctionne.

Une “fête saine” et collective

Ola Jas, la professeure de yoga, dont l’énergie débordante ne laisse aucun répit aux participants, partage justement cette idée de la “fête saine”, comme elle dit. “Ici, le sol ne colle pas, les gens ne sont pas lourds parce que sous emprise de l’alcool, c’est vraiment un lieu de connexion humaine. J’ai un mantra : “follow your joy” et dans ces événements, il y a vraiment une transmission de joie collective” commente-t-elle. Cordélia Flourens, cofondatrice du projet à Paris a justement à cœur de “reconnecter les gens entre eux”. “Aujourd’hui, on se plaint de ne plus se rencontrer dans la vraie vie, d’être tous éloignés les uns des autres derrière nos écrans et nous on veut recréer du lien.” explique-t-elle. Et c’est vrai que dans la salle, même si certains remplissent leurs réseaux sociaux d’images de l’événement, la plupart ont rangé leurs téléphones. Il faut dire que les activités favorisent le rapprochement. Au yoga, certaines figures se réalisent à plusieurs. Côté danse, le speaker ne cesse d’inviter les participants à exécuter les chorégraphies tous ensemble. Une formule qui marche d’après Cordélia Flourens, qui assure que les deux tiers des participants reviennent. Quand sonne la dernière demi-heure, tout le monde redescend.

A 8h30, place au calme.

La danse enivrante laisse place à une communion en tailleur autour d’un concert tout doux. A 9 heures, l’événement se termine, le jour s’est levé.  En partant, on ne se dit plus “bonne nuit”, mais “bonne journée”.

 

Elodie Vilfrite et Emmanuel Davila

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