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Bouger les lignes

La Pêche, est-ce que ça marche ?

Et si demain nous payions nos courses en Pêche ? C’est le défi lancé par cette monnaie locale créée il y a plus de quatre ans à Montreuil et qui existe à Paris depuis mai dernier. Son objectif ? Développer l’économie circulaire. Autour de la ligne 2, plusieurs commerçants l’ont déjà adoptée.

« L’idée, c’est d’échapper au système économique capitaliste qui se dit indispensable », confie Anne-Marie Rodenas, fondatrice du premier café pour enfants le Cafézoïde, proche de l’arrêt de métro Jaurès. Ici, on accepte la Pêche depuis ses débuts à Paris en mai 2018. Les valeurs prônées par cette monnaie correspondent à la ligne directrice d’un commerce tourné vers l’économie locale « Nous existons depuis seize ans et nous avons toujours favorisé les circuits courts, notamment en participant au SEL (système d’échange local de biens et de services). », détaille-t-elle. Dans la capitale, plus de vingt commerces adhèrent à la Pêche. Une initiative militante, dans la mouvance actuelle du développement des monnaies locales. 80 monnaies sont actuellement en circulation dans l’Hexagone et environ 150 seraient en projet.

Renforcer les échanges directs à une échelle locale

Si l’arrivée de la Pêche est une nouveauté pour les Parisiens, à Montreuil, cette alternative à l’Euro existe déjà depuis quatre ans. Pour Brigitte Abel, cofondatrice du collectif la Pêche, ces monnaies s’inscrivent dans une volonté de transformation des habitudes du consommateur autour de valeurs clés : « à travers la Pêche, il s’agit de mettre en place une société plus conforme à nos valeurs, notamment en ce qui concerne des aspects sociétaux, environnementaux, éthiques mais également économiques ». Avec une monnaie locale, impossible de spéculer. Lorsqu’elle est stockée, la Pêche doit être réinvestie dans des projets associatifs ou sociaux.  

A Montreuil, 100 commerces ont rejoint le circuit. Et son utilisation ne se limite pas au marchand de fruits du coin. « Comme on a peu de producteurs dans le réseau, on a cherché à développer la Pêche dans le domaine des services, c’est-à-dire que des imprimeurs, des plombiers, voire des professions paramédicales et médicales nous ont rejoint afin de multiplier les possibilités de dépenser ses Pêches » précise-t-elle. Et le long de la ligne 2, le Cafézoïde n’est pas le seul : épicerie, restaurants ou plus surprenant encore, une boutique de cosmétiques ont décidé d’adopter la Pêche. Entre Jaurès et Stalingrad, la boutique Lamazuna propose des cosmétiques éthiques, « sans emballages, sans bouteille, biodégradables, non testés sur les animaux et fabriqués en France », explique Anna, responsable boutique. Il est alors apparu naturel à ce commerce de s’associer à une initiative comme la Pêche.

La Pêche peut-elle influencer l’économie parisienne ?

A Paris, l’initiative reste récente. Anna nous le confie : alors que le paiement en Pêche est accepté par Lamazuna depuis quelques semaines, un seul client a, pour le moment, réglé avec cette monnaie. Le Cafézoïde a reçu, lui, son premier paiement en Pêche en décembre. Pour Brigitte Abel, la co-fondatrice de la Pêche, il faut ainsi créer une dynamique, « dans Paris, le potentiel de développement est énorme. Par exemple, on ne s’est pas encore installé dans l’Ouest parisien. Il y a un gros travail de pédagogie à réaliser mais on veut que tout le monde la connaisse ». Son développement reste aussi limité puisque peu de comptoirs de change existent.

La Pêche bénéficie cependant d’un soutien institutionnel qui laisse présager une implantation durable de cette monnaie dans le paysage économique local  parisien, à l’image de ce qu’elle a réalisé à Montreuil. « Au départ, la mairie de Montreuil a soutenu l’initiative, puis la région Ile-de-France. A Paris, l’association a reçu une subvention qui correspond à la volonté de développer les territoires et notamment de renforcer l’emploi local », conclut Brigitte Abel.

Bastien Serini et Marie Terrier

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1 commentaire

Andréa Gourinat : « En m’assumant, j’ai arrêté de jouer un rôle » - Sur la 2 23 avril 2019 at 3:59

[…] La Pêche, est-ce que ça marche ? […]

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