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Bouger les lignes

No bar’s land à Paris-Dauphine

Manque d’offre et prix excessifs. Pour aller boire un verre, les étudiants et enseignants délaissent les alentours de l’université Porte Dauphine. Certains trouvent des alternatives, d’autres rejoignent des quartiers plus animés. 

Payer 8 € la pinte de bière et plus de 3 € le café. Pour les étudiants de l’Université Paris-Dauphine, c’est le prix à payer pour décompresser après les cours. « C’est chiant, on ne peut même pas aller boire un verre entre copines, regrette Justine, en master d’Affaires internationales. Le café le moins cher coûte 3,20 € au PMU près de la fac. Cela crée un vrai problème de socialisation pour les nouveaux arrivants à Dauphine ».

Soirées improvisées au square Schuman

Les étudiants s’adaptent. « J’ai pas mal d’amis qui vont acheter de l’alcool et se poser dans le square Robert Schuman », indique Justine. Ce petit parc collé à l’université, avec ses tables de ping-pong et ses nombreux bancs, devient le bastion des Dauphinois. Pierre (dont le prénom a été modifié) organise de nombreuses soirées avec ses amis dans ce square : « Je ne vais plus au bar, je préfère m’acheter des Pills à 1,10 € le litre au Super U près de la fac. » Séances de beer pong et concours de cul-sec au programme. Mais que font les policiers ? « Ça se passe plutôt bien avec eux, explique l’étudiant de 22 ans. Du moment qu’on nettoie derrière nous, ils s’en foutent. »

Même galère pour les enseignants

Dans le bureau de Baptiste Venet, professeur d’économie à Paris-Dauphine, la machine Nespresso est noyée dans une marre de capsules. La goutte d’eau dans le désert. « Les machines à café dans le hall sont faites pour les étudiants, on n’a pas vraiment d’espace dédié aux enseignants, mais j’espère qu’un jour ce sera le cas », souhaite-t-il. Certains de ses collègues ne se séparent jamais de leur thermos. Pour aller boire un verre, l’enseignant chargé du master Développement durable préfère quitter le 16ème arrondissement. Même s’il lui arrive de sortir près de l’avenue Victor Hugo. « Il y a des endroits où l’ambiance est agréable, les prix sont plus accessibles qu’à proximité de Dauphine. Mais cela reste moins abordable que d’autres coins de Paris. » Les prix aux abords de l’université traduisent souvent la volonté des bars de ne pas cibler la clientèle étudiante.

« C’est plus lucratif de se centrer sur une clientèle plus fortunée »

Le camion à Pizza du Cottage, seul espace dédié aux étudiants.

Difficile de deviner que Le Cottage se tient juste en face de l’Université, entre les terrains de tennis et une petite basse-cour improvisé le long de la route. Mais on découvre finalement un chalet en bois posé près du périphérique, à défaut de proposer des prix raisonnables pour les étudiants. Certes, 5 € la pinte c’est abordable mais le prix du café fait pâlir : 4 €. Pour les responsables, l’objectif est d’attirer les habitants du quartier plutôt que les Dauphinois. « On a eu de nombreux débordements lorsqu’on a organisé des soirées étudiantes. Et en termes de chiffres, c’est plus lucratif de viser une clientèle plus fortunée », affirme Laurent, barman dans ce restaurant depuis huit ans. Exit les étudiants, à qui le Cottage réserve un espace réduit à l’extérieur, avec quelques bancs en bois et un camion à pizzas. Difficile d’imaginer boire un verre en hiver lorsque le mercure ne dépasse pas les 10°C et que l’air y est irrespirable.

Une volonté d’animer un « quartier de bureau »

A 500 mètres plus loin, Le Longchamp adopte une stratégie bien différente. « On veut prendre le contre-pied du quartier et devenir un bar étudiant », affirme Romain, directeur du bistrot. Le prix affiché pour la pinte de bière est de 8 €, pour le café 2,30 €. Mais sur présentation de la carte étudiante, les prix baissent drastiquement. « Souvent, je propose la pinte à 4,50 € et le café à 1,20 €. L’objectif, c’est de dynamiser le secteur, pour que ça ne soit pas qu’un quartier de bureaux. » Avec ses limites. Vendredi dernier, Romain a organisé une soirée dans son bar, réunissant une cinquantaine d’étudiants. A la fermeture, vers deux heures du matin, des insultes ont été échangées entre un voisinage habitué au silence et des étudiants alcoolisés. Résultat, le syndicat de copropriété va déposer plainte. « Ça m’est égal, rétorque Romain. Je veux continuer à faire de mon café un lieu de vie et d’animation. La satisfaction de mes clients, c’est ma seule préoccupation. » Ouvert depuis neuf mois, le bar accueille une vingtaine d’étudiants tous les jeudis et vendredis soir. Prochaine manche, les joueuses de volley de l’université viendront faire la fête le week-end prochain. Pas sûr que les voisins apprécient.

L’intérieur du bar le Longchamp, vendredi 14 décembre, pour une soirée étudiante.

 

Reportage de Paul Ruyer et Irvin Blonz

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1 commentaire

Une trentaine de voitures vandalisées Porte-Dauphine - Sur la 2 30 avril 2019 at 11:58

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