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Pour Noël, Courcelles prend des airs de Stockholm

Au cœur du quartier de Courcelles, les Suédois expatriés dans la capitale retrouvent l’esprit de Noël de leur pays en passant de l’église suédoise de Paris à la boutique de spécialités Affären.

Murs blancs, voûtes en bois et petits vitraux bleus : l’Eglise suédoise de Paris affiche la sobriété des édifices protestants. Mais en ce samedi 1er décembre 2018, le joyeux brouhaha qui emplit la nef rappelle que l’austérité n’est aujourd’hui pas de rigueur. Les bancs ont été placés face à face et des tables rondes de bistrot se sont invitées à la liturgie. « Chez les protestants, il n’est pas rare de transformer l’Église en restaurant », nous glisse une femme attablée devant des Lussekatter (brioches au safran).

Plus de 80 % des Suédois sont des protestants rattachés à l’Eglise de Suède (évangélique luthérienne). Crédit : Apolline Guillerot-Malick

Situé à quelques centaines de mètres du métro Courcelles, l’édifice en briques à l’architecture nordique réunit depuis 1913 la communauté suédoise parisienne. « Ici, vous adorez rencontrer de nouveaux et d’anciens amis, boire un café ou lire des journaux suédois », vante le site web de l’église. A deux pas d’une école et d’une épicerie suédoises, le lieu est le centre d’un petit morceau de Suède, perdu dans la capitale.

Noël au cœur de la vie du quartier

Chaque année, l’église suédoise de Paris s’anime pour son marché de Noël (photo d’ouverture). Il marque le début de nombreuses traditions suédoises, le premier week-end de l’Avent. Pourtant, la Suède « n’est pas un pays très pratiquant, à l’exception de la période de Noël », raconte Olivia Bluet-Godis qui vit en France depuis 30 ans. Elle perçoit la différence : « Habituellement, on n’est qu’une dizaine de personnes aux cultes le dimanche. Mais à partir du premier dimanche de l’Avent, l’église est comble ! »

Une grande affiche orne la porte en bois qui barre l’entrée de la nef : « Sankta Lucia Torsdag 13 december ». Selon la tradition, pour se protéger des créatures maléfiques des longues nuits hivernales, les Suédois choisissent parmi les jeunes filles de chaque école, chaque ville et chaque église une Sainte Lucie, porteuse de la lumière. Vêtue d’une longue robe blanche et d’une couronne de bougies, elle chante des cantiques de Noël, suivie d’un cortège de demoiselles d’honneur. Assister à cette cérémonie à l’église de Courcelles a un coût : 17€ pour chacune des cinq fêtes de la Sainte Lucie.

Depuis la fin du XVIIIe siècle, la Suède est le pays où la fête de Sainte-Lucie est la plus répandue. Crédit : Apolline Guillerot-Malick
Des Suédois en mal du pays

A 50 mètres de l’église, une figurine de Sainte Lucie trône en vitrine du magasin Affären. Elle côtoie une dizaine de bougies disposées en triangle à la manière de celles qui ornent les balcons de Stockholm. En Scandinavie, à cette période de l’année, les jours sont beaucoup plus courts et les lumières s’allument aux fenêtres dès 14h30.

Elena et Jacob Henriksson font régulièrement leurs courses dans cette boutique. Avec eux, il faut discuter à grand renfort de Google traduction. Ils ont encore du mal à parler français, même s’ils résident à Paris depuis près de huit ans. Très intégré dans la communauté suédoise parisienne, le couple a peu de contacts avec les Parisiens. Elena enseigne dans sa langue natale à l’école suédoise près de l’église.

En ce jour de marché de Noël,  des stands de vin chaud, de gaufres à la confiture et de saucissons d’élan se succèdent dans la cour bondée de l’église. Crédit : Apolline Guillerot-Malick

Quand les Henriksson poussent la porte de Affären, c’est pour s’approvisionner en produits locaux : harengs en bocaux à toutes les sauces, saucissons d’élans, fromage de renne en tubes. Sans oublier le « Brunkål », un mélange de choux et de sirop, dont Elena avoue avoir oublié la recette à force de l’acheter tout préparé.
Mais pour le réveillon, Affären ferme ses portes et de toutes façons : « Noël, on le passe toujours en famille, en Suède », raconte Elena.

Ce qu’elle cuisine encore quand elle rentre chaque Noël, c’est le « pudding » en dessert : du riz au lait dans lequel on glisse une amande. D’après la tradition, celui qui tombe dessus se mariera dans l’année. Jacob s’esclaffe à côté : « Ca, ça n’est jamais arrivé ! ».

Juliette Coulais et Apolline Guillerot-Malick

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